Que reste-t-il des promesses faites par «Joseph Kabila» le 26 janvier 2001 ?

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Dieudonne Mukendi
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Que reste-t-il des promesses faites par «Joseph Kabila» le 26 janvier 2001 ?

Message par Dieudonne Mukendi » dim. janv. 29, 2017 11:44 am

Le 26 janvier 2001, « Joseph Kabila », âgé de 29 ans, est investi en qualité de président de la République. Il succédait à Laurent-Désiré Kabila décédé dix jours auparavant dans des circonstances non-élucidées à ce jour. Dans son allocution d’investiture, le nouveau chef de l’Etat a fait mine de prendre le contre-pied de son prédécesseur qui entretenait des relations conflictuelles avec l’Occident et les Nations unies. Le nouveau Président a, à cette occasion, fait plusieurs promesses destinées à marquer la «rupture» avec l’ordre ancien. Ce jeudi 26 janvier 2017, « Joseph Kabila » totalise seize années à la tête de l’Etat congolais. De 2001 à 2005, l’homme s’est avancé «masqué» pour charmer le monde occidental. Après sa «victoire» à l’élection présidentielle de 2006, il a montré son véritable visage. Celui d’un despote, intolérant et arrogant autant que d’un jouisseur. Rarement la vie et la dignité de la personne humaine n’ont été à ce point méprisées. «Joseph Kabila» et ses affidés auraient tort de sabler du champagne. Le 26 janvier 2017 marque, en réalité, seize années d’incurie.
«Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent», disait l’ancien ministre français de l’Intérieur, Charles Pasqua. Seize ans. C’est le temps que «Joseph Kabila» vient de totaliser à la tête de l’Etat congolais.

La commémoration d’un anniversaire est un moment propice pour esquisser un bilan. Le Congo-Kinshasa est-il mieux gouverné ? Le territoire national est-il mieux administré ? Les Congolais vivent-ils mieux que durant les 32 années de Mobutu Sese Seko ou les 39 mois de Laurent-Désiré Kabila ? Les droits et libertés sont-ils mieux garantis ? Qu’en est-il de la démocratie et de l’Etat de droit ? Les Congolais jouissent-ils de la liberté d’expression?

Dans son «discours inaugural», le successeur de Mzee a ânonné des promesses inconséquentes. Il n’y est sans doute pour rien. L’homme n’a pas le talent d’un Barack Obama pour rédiger lui-même ses speechs.

Les scribes de la Présidence de la République et autres «conseillers étrangers» ont perdu de vue une règle d’or en matière de communication politique. A savoir que la cohérence doit être de rigueur entre le discours, les actions de l’homme politique et la personnalité de celui-ci. En clair, il ne sert à rien de faire passer un tortionnaire pour un défenseur des droits humains.

Les Promesses

Qu’avait promis « Joseph Kabila » ? On retiendra essentiellement, les «engagements» suivants : faire la lumière sur les circonstances de l’assassinat du président Laurent-Désiré Kabila ; instaurer la paix et consolider la communion nationale en privilégiant le dialogue et la réconciliation ; normaliser la vie démocratique par le renforcement de l’Etat de droit ; garantir les droits de l’homme et la justice ; respecter les droits fondamentaux, les libertés individuelles et publiques ; lancer la reconstruction nationale sur tous les plans ; ouvrir l’espace politique ; promouvoir la sécurité juridique et judiciaire ; garantir la sécurité des personnes et des biens sur toute l’étendue du territoire ; relancer la production ; doter le pays d’une armée et d’une police modernes, fortes, bien équipées, respectables et respectueuses des droits de chacun, capable de défendre la nation en toutes circonstances.

On peut gager qu’en écoutant ces belles paroles, certains citoyens congolais – naïfs ? - avaient cru assister à la renaissance de leur pays. «Joseph Kabila aime les effets d’annonce, commente le colonel médecin Luc Mayolo qui l’a bien connu pour avoir travaillé quelques années à ses côtés. Il est malin, filou et sournois. Il ne montre jamais sa véritable face. Il se fait passer pour ce qu’il n’est pas ».

Quid des réalisations ?

a) L’assassinat de LD Kabila

« Je veux la vérité totale sur tout ce qui s’est passé », déclarait «Joseph Kabila» dans une interview accordée au quotidien bruxellois «Le Soir» daté du 7 mars 2001. Seize années après, le dossier relatif à la mort mystérieuse de Laurent-Désiré Kabila est manifestement classé. Et pourtant. Des questions restent sans réponses. Qui a abattu le Mzee ? Où est passée l’arme du crime ? Qui est le commanditaire du crime ? Qu’en est-il du mobile ?

Président de la Cour d’ordre militaire, le général Camille Nawele Mukongo avait déclaré ces mots après le «verdict» intervenu en janvier 2003 : «Le procès n’est pas terminé. Des enquêtes vont se poursuivre pour débusquer d’autres coupables». Seize années après, c’est le silence plat. Devrait-on conclure que «Joseph » ne voit plus l’intérêt de savoir l’identité de l’homme qui a tué "son père"?

Voilà pourquoi l’opinion congolaise considère que les anciens collaborateurs de LD Kabila détenus depuis le mois de février 2001 à la prison centrale de Makala comme étant des «faux coupables». On pourrait citer notamment : Nono Lutula (ancien conseiller spécial), Georges Leta Mangasa (ancien patron de l’ANR), Eddy Kapend (ancien aide de camp du chef de l’Etat), Nelly Twite Ngoy (secrétaire particulière de Mzee). La liste n’est pas exhaustive. Comment ne pas donner raison à ceux qui allèguent que le crime du 16 janvier 2001 a profité à «Joseph Kabila» et sa fratrie ?

b) Instaurer la paix

Seize années après l’accession de « Joseph Kabila » à la tête de l’Etat, les Congolais qui habitent dans les deux provinces du Kivu et dans l’Ituri vivent dans la peur au quotidien. Ils ont peur des bandes armées qui y sèment la terreur. Les « mamans » ne peuvent plus aller au champ. Dans l’ancienne province du Katanga, les Bakata Kata font de même. La nouvelle province du Tanganyika est secouée par un conflit meurtrier entre les Luba et les Batwa.

Notons qu’au Nord Kivu, les habitants de Beni ne cessent de pleurer leurs morts. Depuis le mois d’octobre 2014 à ce jour, près de 1.500 personnes ont été tuées dans ce territoire par des présumés rebelles ougandais de l’ADF. Dans tous ces cas, l’Etat brille par une impuissance publique frisant la connivence.

c) Privilégier le dialogue et la réconciliation

Depuis son arrivée au pouvoir, «Joseph Kabila » donne l’impression d’éviter tout contact avec la population congolaise. L’homme donne l’impression d’avoir quelque chose à dissimuler. Il n’a jamais engagé le moindre dialogue avec les leaders de l’opposition. En seize années, pas un seul photographe n’a pu immortaliser une poignée de mains entre le leader de la majorité et le chef de l’opposition qu’est Etienne Tshisekedi wa Mulumba. Peut-on se réconcilier sans se parler ?

d) Renforcer l’Etat de droit

L’Etat de droit "est un Etat dont l’ensemble des autorités politiques et administratives agit en se conformant effectivement aux règles de droit en vigueur dans lequel tous les individus bénéficient également de libertés publiques et de garanties procédurales et juridictionnelles. (Lexique des termes juridiques, Dalloz). L’Etat de droit est aussi un Etat où les décisions judiciaires sont appliquées.

La justice congolaise n’est pas indépendante. Elle est instrumentalisée par le Président de la République et le monde économique. Les affaires Katumbi/Stoupis, Muyambo/Stoupis et Franck Diongo ont mis à nu cette inféodation du "pouvoir" judiciaire. Il en est de même des affaires Eugène Diomi Ndongala et Vano Kiboko. Ces personnalités politiques se sont attirées l’ire de
«Joseph Kabila» pour avoir exigé le respect de la Constitution.

L’Etat de droit est devenu un slogan creux. Les forces dites de sécurité peuvent arrêter et détenir qui elles veulent et quand elles veulent. La garde prétorienne de « Kabila » dite « GR » (Garde républicaine) possède ses propres cachots au Camp Tshatshi. Aucun magistrat ne peut y fourrer son nez. L’Agence nationale de renseignement est un Etat dans l’Etat.

e) Normaliser la vie démocratique

De janvier 2001 à l’élection présidentielle de 2006, « Joseph Kabila » s’est présenté en
«agneau». L’objectif était de «charmer» le monde occidental et les Nations Unis. Dès le lendemain de sa «victoire», il a tombé le masque. «Beaucoup de gens ne connaissent pas le président Kabila, confiait-il au « Soir » de Bruxelles daté du 16 novembre 2006. Ils se trompent s’ils pensent qu’après les élections, ce sera la même chose que pendant la transition. (…). Pour redresser le Congo, il faudra être sévère, et les Congolais vont être surpris ».

Les adeptes du mouvement religieux Bundu dia Kongo ont été les premiers à «goûter» en 2007 et en 2008 à cette «sévérité». Des éléments du «bataillon Simba», commandés par le «général» John Numbi Banza, ont canardé des membres de ce groupement sous prétexte qu’il faisait partie d’un mouvement insurrectionnel. La Mission onusienne au Congo (Monuc) avait publié un rapport faisant état de 134 morts. Rarement, la vie et la dignité de la personne humaine n’ont été traitées avec autant de mépris.

Depuis 2007, le Congo-Kinshasa vit dans une ambiance empreinte d’unanimisme. Les forces de l’opposition n’ont pas accès aux médias publics. Ceux-ci sont réservés à la «majorité présidentielle» dont les agissements n’ont rien à envier à ceux d’un parti-Etat.

f) Promouvoir la sécurité juridique et judiciaire

Seize années après, le Congo de «Joseph Kabila» est et reste considéré comme un pays qui "peut mieux faire" en matière d’environnement des affaires. L’appareil judiciaire inspire la plus vive méfiance. En cause, le caractère inique de ses décisions. Sans oublier, la vénalité des magistrats.

g) Relancer la production

L’économie congolaise se trouve entre les mains des capitalistes étrangers. En seize années,
«Joseph Kabila» n’a pas « booster » l’industrie nationale. La stagnation est générale. Les Congolais sont réduits au rang de simples consommateurs. Le pays importe tout. Il n’exporte que des produits de base sans valeur ajoutée. La pauvreté explose du taux élevé de chômage.

h) « Joseph Kabila » avait promis de doter le Congo-Kinshasa d’une armée et d’une police modernes, fortes, bien équipées, respectables et respectueuses des droits de chacun, capables de défendre la nation en toutes circonstances. Il n’en est rien. L’armée et la police sont épinglées dans des cas de violations des droits humains. Les deux corps sont au service d’un homme : "Joseph Kabila".

Seize années après, l’armée et la police n’excellent que dans la répression des manifestations pacifiques. Les deux corps se sont illustrés dans des violations des droits et libertés. Plusieurs manifestants ont été abattus en janvier 2015 et lors des manifestations du 19 septembre et 19 décembre 2016. Les sbires du régime ont pris l’habitude d’emporter des cadavres pour effacer les traces.

i) La reconstruction

"Joseph Kabila" est devenu un spécialiste de l’enfumage. Les travaux de modernisation des boulevards du 30 juin et Lumumba sont devenus un écran de fumée pour éblouir quelques Congolais naïfs. "Ces travaux ont été surfacturés, commente un analyste kinois. La situation est catastrophique dans les quartiers de la capitale. Des routes sont impraticables". Le pouvoir kabiliste a pris la fâcheuse habitude de mettre à l’actif des "Cinq chantiers" même les ouvrages financés par les Institutions de Bretton Wood.

Corruption, népotisme et assassinats

En seize d’exercice du pouvoir d’Etat, «Joseph Kabila» est devenu immensément riche. Il en est de même de sa fratrie. Le journaliste américain Richard Miniter a crédité le successeur de Mzee d’une fortune évaluée à 15 milliards USD. Dans une récente dépêche, l’agence Bloomberg a identifié 70 entreprises dans lesquelles la fratrie « Kabila » possède des intérêts.

« Zoé » est l’heureux propriétaire d’un complexe hôtelier composé d’une soixantaine de bungalows « Le Bevihour » à Moanda dans le Bas-Congo. « Jaynet » a été citée dans le fameux dossier « Panama Papers ». Elle a planqué une petite fortune dans les paradis fiscaux.

La fratrie est actionnaire dans plusieurs banques à Kinshasa. C’est le cas notamment de la BGFI Bank. Elle serait sur le point de reprendre la BIAC et de racheter les 60% des parts détenues par George Arthur Forrest à la BCDC.

« Joseph Kabila » et l’homme d’affaires israélien Dan Gertler - qui lui sert de prête-nom - ont pillé le patrimoine minier et pétrolier du pays. L’organisation non gouvernementale « Global Witness » a dénoncé à plusieurs reprises des ventes secrètes d’actifs miniers appartenant à l’Etat congolais. Et ce à des prix inférieurs au coût réel.

A titre d’exemple, les gisements de la Sodimico (Dikulushi et Kijiba Frontière) ont été vendus à Gertler en 2011 pour un montant de 30 millions USD. L’Israélien l’a revendu à 300 millions USD en bourse. Il en est de même du KMT et de Kov-Courroie.

En seize années de pouvoir, « Joseph Kabila » et sa fratrie sont devenus plus riches que l’Etat congolais. Cet anniversaire marque, en réalité, seize années d’échec. Seize de corruption et de népotisme. Les promesses débitées le 26 janvier 2001 n’étaient qu’une litanie de slogans creux.

En seize années, le pouvoir kabiliste a commandité plusieurs assassinats pour faire taire ses contradicteurs. Le sang de Franck Ngycke, Floribert Chebeya, Fidèle Bazana, Aimée Kabila, Pascal Kabungulu, Armand Tungulu Mudiandambu ne cesse et ne cessera de crier justice au ciel...
Baudouin Amba Wetshi
© Congoindépendant 2003-2017

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