"Insécurité" : « Joseph Kabila » tenté par l’état de siège

Répondre
Avatar du membre
Dieudonne Mukendi
Messages : 13
Enregistré le : lun. déc. 19, 2016 8:40 am

"Insécurité" : « Joseph Kabila » tenté par l’état de siège

Message par Dieudonne Mukendi » mer. juil. 05, 2017 9:00 am

Beni, Kasaï Central, Lubero, Fizi, Ituri. Des noms qui symbolisent désormais des zones de non-droit où l’impuissance publique paraît organisée. En cause, une connivence avérée entre le pouvoir et les chefs des bandes armées dites Maï Maï qui sèment la terreur. Dans le « Grand Kasaï » et à Beni, les morts se comptent par milliers ou en «fosses communes». Dans l’ancienne province du Katanga, on assiste à l’affrontement intermittent entre pygmées et bantous. En Ituri, des assassinats pourraient rallumer le conflit ethnique entre Hema et Lendu. Des prisons sont "attaquées" de manière coordonnée. Qui a intérêt à transformer le Congo-Kinshasa en un baril de poudre ? Des sources sécuritaires congolaises suspectent « Joseph Kabila » - dont le mandat a expiré depuis le 19 décembre 2016 - de vouloir multiplier des foyers de tension. But : décréter l’état de siège et retarder la tenue des élections. Et reporter les consultations politiques sine die.

«Régime restrictif des libertés publiques pouvant être appliqué par décret [Ndlr : un acte du Président de la République ou du Premier ministre] sur tout ou partie du territoire en cas de menace étrangère ou d’insurrection ». Telle est la définition de l’état de siège. Celui-ci implique le dessaisissement des autorités civiles au profit des autorités militaires. De même, les juridictions militaires voient leur compétence élargie.

Il n’est pas sans intérêt de commencer ce « papier » en interrogeant l’Histoire.
Six mois après son accession à la tête de l’Etat congolais, «Joseph Kabila » confiait à « Jeune Afrique » n°2115 daté du 24 juillet 2001 qu’ils [Ndlr : les combattants venus du Rwanda et de l’Ouganda - dont lui-même - qui portèrent LD Kabila au pouvoir] se sont battus contre Mobutu Sese Seko « les armes à la main au péril» de leurs « vies ». En août 2016, son frère, le très sulfureux « Zoé », reviendra à la charge dans le même média en déclarant que leur famille « n’est pas prête à abandonner le pouvoir à n’importe qui.»

Ces deux déclarations distantes de quinze années sont révélatrices de la conception patrimoniale du pouvoir par la fratrie « Kabila ». Le pouvoir d’Etat est perçu non pas comme un service à rendre à la collectivité mais comme un «bien». Mieux, une « rétribution » pour des prétendus sacrifices consentis. Le pouvoir d’Etat fait partie d’un «patrimoine» reçu d’un « père » qui aurait « versé son sang » pour le pays.

Foyers de tension

Après avoir défrayé la chronique depuis bientôt une année, la situation sécuritaire dans le « Grand Kasaï » semble passer dans les « pages intérieures » des médias. Il est désormais question de Beni, Lubero et Fizi.

A Beni, une «rébellion» dénommée «Mouvement national révolutionnaire» (MNR) s’amuse à attaquer les positions de l’armée congolaise (FARDC). Selon des sources, la ferme de Kabasha, propriété de « Kabila », servirait de base de repli aux combattants de cette mystérieuse organisation dotée d’armes lourdes.

A Lubero, la situation sécuritaire est loin d’être plus engageante. Dès novembre 2016, le gouverneur du Nord Kivu, Julien Paluku, avait dénoncé des tueries imputées à une milice dénommée « Maï Maï Mazembe ». Selon des sources, il s’agit d’une milice montée de toutes pièces par Kalev Mutondo, le chef de l’ANR, la police politique du régime kabiliste. Pour toute solution, Paluku avait décrété le territoire de Lubero « zone sans arme». Sept mois après, les renforts en policiers et militaires n’ont été d’aucun secours. La violence continue.

Contrairement aux promesses du gouverneur, les auteurs de ces « actes barbares » restent impunis. Au lieu de laisser la justice dire le droit, Paluku préfèra jouer au "Papa Pasteur" en invitant les acteurs politiques du cru à «s’abstenir de toute déclaration de nature à inciter à la haine tribale ou à la violence ».

Fief du PPRD

Que se passe-t-il dans le territoire de Fizi au Sud Kivu?

Depuis fin juin, l’armée congolaise affronte des miliciens Maï Maï Yakutumba. Ceux-ci avaient un moment pris le dessus en contrôlant plusieurs localité. C’est le cas de Nyange, Lulimba et Misisi.

Comme à Beni, « Joseph Kabila » se tait. Lors du déclenchement de la « rébellion » pro-rwandaise du M23 en avril 2012, l’homme avait gardé le mutisme durant trois mois avant de s’exprimer en parlant d’une « petite mutinerie ». Une petite mutinerie qui avait réussi à occuper la ville de Goma.

Dans son ouvrage « Pourquoi j’ai choisi Kabila » publié en 2006, Vital Kamerhe mentionne Fizi comme le lieu de naissance du successeur de Mzee. Un fait difficile à vérifier étant donné que ce dernier aurait, selon l’historien belge Erik Kennes, d’autres lieux de naissance. C’est le cas notamment de Hewa Bora II, Mpiki et Yungu.

Pour la petite histoire, Fizi est le fief de deux bonzes du parti présidentiel. Il s’agit de Louise Munga Mesozi, ancien ministre et trésorière du PPRD et de l’actuel directeur de cabinet à la Présidence, le « professeur » Néhémie Mwilanya Wilondja.

Depuis le week-end dernier, le ministre de la Défense nationale, Crispin Atama Tabe, séjourne à Fizi. Ancien fonctionnaire de l’Agence nationale de renseignements, ce membre du gouvernement n’est qu’un pantin. Il n’exerce aucun pouvoir en matière de défense et de sécurité du territoire. Le chef d’état-major général de l’armée, le général Didier Etumba est dans la même situation. Les deux hommes ne voient que du feu.

A titre d’illustration, Atama Tabe a été interrogé le 2 novembre 2016 au Sénat. A l’ordre du jour, la persistance de l’insécurité et des tueries dans les territoires de Beni, Lubero, et Fizi (Sud-Kivu). Les sénateurs voulaient savoir les résultats générés par les opérations militaires « Amani Leo », « Sukola I et II », « Usalama » contre les groupes armés FDLR, ADF.

En guise de réponse, le ministre de la Défense s’est contenté de faire un
«aperçu historique» de la présence des groupes armés étrangers au Congo-Kinshasa.

Les « révélations » de Roger Lumbala

Des observateurs ne s’expliquent pas la facilité avec laquelle ce territoire - qui constitue tout un symbole pour la mouvance kabiliste - ait pu tomber entre les mains de quelques « ploucs » commandés par le mystérieux « général » William Amuri Yakutumba.

Depuis le mois de novembre 2016, Yakutumba exige en vain l’envoi de ses hommes en formation militaire à la Base de Kitona au même titre que les miliciens Bakata Katanga de Kyungu Mutanga, alias « Gédéon ».

Les Maï Maï Yakutumba font manifestement partie de ces « groupes armés » mis sur pied par le pouvoir. On le sait, les Bakata Katanga ne sont qu’un des avatars des Forces d’Autodéfense Populaire lancée en 1999 par le président LD Kabila pour contrer l’avancée des troupes de la « rébellion » pro-rwandaise du RCD (Rassemblement des Congolais pour la démocratie).

En conflit avec le pouvoir kabiliste pour sa présence dans la délégation du M23 aux négociations de Kampala, Roger Lumbala a fait quelques « révélations » en lingala à un confrère parisien. C’était en septembre 2012. Il parlait justement de Fizi.

Selon Lumbala, le pouvoir de Kinshasa a tenté de l’enlever à Bujumbura simplement parce qu’il en savait trop sur certaines «affaires louches» que mène « Joseph Kabila » à l’Est du pays. D’après lui, ce dernier entretiendrait quatre bandes armées à Fizi. « Des bandes armées chargées d’assurer la protection d’une exploitation minière gérée clandestinement par un groupe d’étrangers de race blanche ». Les minerais extraits seraient exportés via la capitale burundaise.

Une chose paraît sûre : « Kabila » a toujours entretenu des relations plutôt troubles avec des leaders des bandes armés qui répandent la terreur et la mort au Sud et dans le Nord-Est. Au Sud, le fugitif « Gédéon » est revenu dans les bonnes grâces du pouvoir.

A l’Est, au plus fort de la « rébellion » du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple), « Joseph Kabila » avait dépêché discrètement le « général » John Numbi à Kitshanga pour négocier avec Laurent Nkunda. Lors de la présidentielle de 2011, Bwambale Kakolele, un ancien proche de Nkunda, a été battre campagne pour le "raïs" en Ituri.

Il semble que le MNR qui tente depuis quelques jours de s’emparer de Beni serait dirigé par Déogratia Bugera, un des "fondateurs" de l’AFDL. Que dire de l’Ougandais Jamil Mukulu, le leader des rebelles ADF qui est détenu à Kampala? Au moment de son arrestation, celui-ci était en possession de six passeports dont celui du « Congo démocratique ». Mukulu serait une vieille connaissance au général-major "Joseph Kabila".

Maï Maï Mazembe, Maï Maï Yakutumba, Maï Maï Raïa Mutomboki, ADF, FDLR. Voilà autant de bandes armées nationales et internationales, à peine « dormantes », que « Joseph Kabila » peut « réactiver » au gré de ses intérêts pour allumer le feu aux quatre coins du pays. Et partant, justifier l’instauration de l’état de siège. Aux conséquences imprévisibles...

Baudouin Amba Wetshi
© Congoind�pendant 2003-2017



Répondre