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Ma réponse à M. Roger Kalala Mukendi de Kinshasa

Posté : dim. avr. 22, 2018 4:36 pm
par Tshipamba Mpuila
Rogermukendi <rogermukendi6@gmail.com>
À
tshipamba.mpuila@yahoo.fr
fév 18 à 6h57 PM

Merci Dr pour votre éclaircissement sur le point des cérémonies des dots.

ROGER KALALA      kinshasa
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Ma Réponse à M. Roger Kalala Mukendi de Kinshasa
Monsieur,
Permettez-moi de rendre public votre Message qui est le nième que je reçois depuis la publication de mon texte sur la signification et le rite de la Dot chez les Baluba.
Je réponds donc à plusieurs personnes et je souhaite ne plus recevoir ni les remerciements ni les félicitations sur ce sujet.
En publiant mon texte sur la signification et le rite de la Dot chez les Baluba, je me suis acquitté de l’un de mes devoirs sacrés. Je ne mérite ni remerciements ni félicitations.
Le fait que nombreuses personnes m’écrivent pour me remercier et me féliciter pour l’avoir fait est un symbole qui donne à penser, un signe de désarroi dans lequel se trouvent nombreux jeunes à cause de la démission de leurs parents, une preuve de méconnaissance de ce qui constitue l’A.D.N. spécifique propre, l’identité d’un être humain et notre devoir inéluctable.
Je ne mérite ni remerciements ni félicitations en vivant ma culture, en la transmettant à mos enfants et en la faisant connaître aux générations futures.
C’est notre devoir sacré de perpétuer notre culture en la vivant et en la célébrant ; et en la transmettant à nos enfants.
Nous avons un devoir de reconnaissance envers nos Parents et nos Ancêtres qui nous ont légué un Héritage si précieux et le devoir inéluctable de faire connaître notre culture à nos enfants et aux générations futures.
Quand nous aurons libéré notre Pays, nous adopterons un système d’enseignement tel que nos enfants congolais devront être capables de parler les 4 langues nationales (Kikongo, Lingala, Swahili et Tshiluba) plus le Français, l’Anglais, l’Allemand et le Néerlandais. Parler nos langues, c’est préserver et assimiler notre monde.
Un homme sans culture ressemble à un arbre sans racines. Il est très vulnérable et très fragile. Il suit toutes les autres cultures même celles qui n’ont pas la même valeur que celle de ses Parents et de ses Ancêtres. Il vit sur une mer au gré des vagues. Il est dans la vie ballotté dans tous les sens par le vent. Il est une coquille vide. Il n’a ni fondement, ni leitmotiv, ni boussole, ni repère, ni gouvernail, Il est un esclave et un apatride culturel. Il est un être aliéné.
Tout homme doit être enraciné dans sa propre culture ancestrale et il s’enrichit avec les valeurs culturelles positives des autres cultures. Et non l’inverse.
Les éléments culturels- clés qui définissent une civilisation ont été posés dans leur forme classique par les Athéniens quand ils ont voulu rassurer les Spartiates sur le fait qu’ils ne les trahiraient pas en faveur des Perses :

Même si nous en avions la tentation, beaucoup de considérations puissantes nous en empêcheraient. Tout d’abord et surtout, les images et les statues des dieux ont été brûlées et réduites en pièces : cela mérite vengeance, de toutes nos forces. Il n’est pas question de s’entendre avec celui qui a perpétré de tels forfaits. Deuxièmement, la race grecque est du même sang, parle la même langue, partage les mêmes temples et les mêmes sacrifices ; nos coutumes sont voisines. Trahir tout cela serait un crime pour les Athéniens.

Le sang, la langue, la religion, la manière de vivre : voilà ce que les Grecques avaient en commun et ce qui les distinguait des Perses et des autres non-Grecques. Mais de tous les éléments objectifs qui définissent une civilisation, le plus important est en général la religion, comme le soulignaient les Athéniens.

En général, les principales civilisations se sont identifiées au cours de l’histoire avec les grandes religions du Monde. Mais des populations faisant partie de la même ethnie et ayant la même langue, mais pas la même religion peuvent s’opposer, comme c’est le cas au Liban, dans l’ex-Yougoslavie et dans le subcontinent indien.

Nous héritons l’Héritage et la Terre de nos Ancêtres et nous les empruntons de nos Enfants. Nombreux d’entre nous ressemblent à un homme qui, ayant fait un grave accident, tombe dans le coma et se réveille avec une perte totale de mémoire, dans un pays qui lui est inconnu. Il ne sait d’où il vient donc ne peut que s’identifier à ceux qui vivent dans ce pays. Il est amené à adopter leurs habitudes et à la longue finira par leur ressembler du point de vue culturel, se détachant de tout ce qui lui était familier jadis.
Nous avons tendance à vouloir ressembler, et ce de façon inconsciente, à ceux qui nous ont imposé l’esclavage et la colonisation alors que nombreux de nos anciens Maîtres nous demandent de valoriser nos cultures, nos langues, nos coutumes… et les apprécient.

Nombreux d’entre nous se sentent, de leur propre volonté, obligés de s’oublier pour exister et ils refusent de reconnaitre ce qui leur confère la dignité humaine, la spécificité, et la valeur. Ils s’aliènent volontairement eux-mêmes.

De nombreux noirs refusent leur couleur ébène et leurs cheveux afro et ils ont recours aux produits éclaircissants et défrisants par honte de leur couleur de peau et de leur cheveux crépus. Ces produits chimiques comportent mêmes des dangers pour la santé.

Pourquoi ressentir le besoin d’être plus clair, avec des cheveux plus lisses et des traits fins ? 
La chevelure revêt une symbolique importante en Afrique, les coiffures de l’époque permettaient parfois d’identifier de quelle société ou région africaine provenait une personne. Une fois capturés, les esclaves (homme comme femme) subissaient le rasage de leur cheveux afin qu’ils ne puissent plus communiquer. 

Plus qu’une perte capillaire, c’était avant tout une privation d’identité afin de les affaiblir et de les déshumaniser.

Lorsque les négriers arrachaient les esclaves à leur terre et les exportaient de leurs pays d’origine, la traversée durait de nombreux mois, souvent plus de six mois. Les cheveux rasés des esclaves avaient le temps de repousser, et ceux dont les cheveux n’avaient pas été coupés, poussaient également. Nous pouvons imaginer à quoi pouvait ressembler une chevelure qui n’a pas été lavée, peignée ou soignée durant plus de six mois.

A leur arrivée aux Amériques, ils subissaient en plus de leur condition d’esclaves, les railleries autour de leurs cheveux sales et non entretenus. A cette époque, une des punitions que les maîtres infligeaient aux esclaves récalcitrants, était de leur plonger la tête dans une lessive d’eau et de soude caustique. Hormis les brûlures, les autres esclaves observaient que cette préparation lissait le cheveu en le défrisant. Les prémices du défrisage moderne étaient nées.

Il est de notre devoir d’apprendre nos différentes langues et de les transmettre à nos enfants, d’apprendre notre histoire, notre écriture, notre culture, notre cuisine … Nous devons nous accepter tel que nous sommes et ensuite nous enrichir des valeurs des autres cultures et des autres peuples. Nous ne serons respectés par les autres peuples que si nous commençons par nos respecter nous-mêmes.

Nous devons apprendre à nos enfants que le sol qu’ils foulent est fait des cendres de nos aïeux. Pour qu’ils respectent la terre, disons-leur qu’elle est enrichie par les vies de nos Ancêtres ; que la terre est notre Mère. Tout ce qui arrive à la Terre, arrive aux fils de la Terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes. 
La Terre n’appartient pas à l’homme ; l’homme appartient à la Terre. Toutes les choses se tiennent comme le sang qui unit une même famille. Toutes les choses se tiennent. 
Tout ce qui arrive à la Terre, arrive aux fils de la Terre. 

Fait le 19 Février 2018.
Dr François Tshipamba Mpuila
GSM 0032-493-325-104 ; E-mail : tshipamba.mpuila@yahoo.fr