Le problème identitaire de Joseph Kabila

Répondre
Avatar du membre
Kaninda Wa Kaninda
Messages : 54
Enregistré le : jeu. oct. 08, 2009 9:58 am
Localisation : France

Le problème identitaire de Joseph Kabila

Message par Kaninda Wa Kaninda » jeu. nov. 05, 2009 10:52 am

Les faits sont là et parlent avec éloquence dans un scénario qui est à la fois dramatique et paradoxal. Il est dramatique du fait que la population du Nord Kivu est massacrée au su et au vu de tout le monde. La guerre, déclenchée par intermittence et qui semble subitement avoir pris fin avec l’arrestation de Nkundabatware qui en était le bras exécuteur, a provoqué une vague massive de déplacés. La transmutation non voulue des populations est le fruit d’une haute programmation visant à dépeupler cette partie de la République de ses habitants autochtones. Ce scénario est paradoxal dans la mesure où toutes les manœuvres, quoique subtiles, concoctées par la partie adverse (le Rwanda et d’autres puissances en quête des richesses de la RDC se jouent à découvert. Rien n’est donc caché et la réalisation de leur plan s’accomplit étape après étape sans que les gouvernants et le peuple congolais ne soient capables de le déjouer.

Une trame ambigüe

La trame est tellement bien jouée par les comploteurs qu’il est difficile de deviner, à travers la contradiction apparente de leurs actes, le but ultime poursuivi. Le suspens et la vigilance devraient être de mise pour ne pas se laisser entraîner dans une situation de non retour. Pour ne pas tomber dans le piège du fait accompli. En dépit de ce jeu loufoque, nous avions prédit que la mascarade de l’Est du pays finira par révéler aux yeux de ceux qui s’en doutaient encore les véritables origines d’Hyppolite Kanambe alias Joseph Kabila. La question de son identité, lourdement posée, demeure toujours sans réponse alors que les faits, en dehors de la bonne rhétorique, continuent de parler et de montrer clairement de quel côté il se penche. Jamais comme maintenant on a entendu vociférer un peu partout des cris de révolte évoquant la haute trahison du président de la République élu « démocratiquement ». Dans la situation particulière de l’est qui le relie directement au Rwanda, s’il faut juger ses actes pleins de félonie dans les deux sens, on observera sans difficulté que Joseph Kabila est au fond fidèle à son être, à ses origines et à ses anciens maîtres. Il appert clairement une double déduction qu’on peut simplifier en ceci : fidélité à la cause rwandaise et trahison à la cause congolaise.

Effet Obama

Avec l’arrivée du nouveau président américain qui semble privilégier la paix à la guerre, il est à croire que les politiques de déstabilisation d’autres pays et des pays africains en particulier, n’auront pas beaucoup de chance de fleurir. N’a-t-il pas clamé, dans son discours d’investiture prononcé le 20 janvier dernier qu’une nouvelle ère pointait à l’horizon et que désormais, il fallait miser sur la responsabilité collective pour changer l’ordre des choses ? Prévenant le changement de cap, l’heure avait sonné pour les stratèges de la déstabilisation de la partie orientale du pays. Il fallait précipiter les choses et avoir la main mise sur la situation sur le terrain. Cela ne pouvait se faire naturellement sans les maîtres d’œuvre. Concocter une stratégie lourde de conséquences à distance n’est pas toujours facile avec tous les moyens qu’il y a aujourd’hui pour intercepter les communications. Ainsi, fallait-il que James Kabarebe se déplace à Kinshasa pour peaufiner et consolider avec Kabila une stratégie arrêtée à l’avance.

Théâtralité ou réel dénouement du conflit ?

Pour accentuer la théâtralité de leurs gestes et rouler davantage les Congolais comme ils en ont l’habitude, plusieurs scénarios sont joués donnant tantôt le désavantage ou tantôt un certain avantage à Kabila. En effet, partant de la guerre qui a été déclenchée sans nulle raison apparente et des pourparlers qui s’en sont suivies entre le Conseil national pour la défense du peuple (CNDP) de Nkundabatware et le gouvernement, la situation belliqueuse s’est subitement estompée et un accord à la va-vite a été signé avec l’aile dissidente sans qu’on ait dit à quoi servaient les négociations de Nairobi dans lesquelles étaient impliquées les hautes personnalités de l’ONU et de l’UA. La dissension du général Bosco Ntatanga du CNDP et l’arrestation soudaine de Nkundabatware, au Rwanda, qui en était le chef de file et non au Congo, sont autant d’éléments qui ne peuvent rassurer personne. Si le dénouement du conflit armé entre le CNDP et l’armée régulière est consacré, il demeure toutefois des zones d’ombre. Qu’adviendront les 6.000 militaires rwandais déversés dans cette partie pour traquer les Interamhwe ? Ni la durée et moins encore le terme de leur mandat ne sont connus dans les détails. Quel sera enfin le sort réservé non seulement à Nkundabatware, à ses autres compagnons hauts gradés qui étaient dans la rébellion et qui ont commis avec lui des atrocités abominables ?

Dysfonctionnement systémique au profit de Kabila

Dans toutes ces situations concoctées par l’homme fort de Kigali, Kabila paraît comme un figurant, comme une marionnette qui continue à subir sans réellement avoir un certain pouvoir. Les rôles sont pratiquement inversés. Le dirigeant d’un petit pays et par surcroît pauvre, que n’en déplaise au président français Sarkozy qui voudrait leur accorder gracieusement l’usufruit des richesses congolaises sans contrepartie, est celui qui commande et a autorité sur les deux pays. Le dirigeant d’un grand pays, qui est devenu par la volonté sournoise de ses dirigeants l’ombre de lui-même, se complait dans un rôle subalterne. Il est là et dirige le navire Congo dans la direction opposée de ses intérêts. Autour de lui, il y a une pléthore de dirigeants qui cautionne l’impossible et se fait imposer le ridicule en subissant les faits au lieu de les contrôler. Même dans les pays les puissants de ce monde, aucun président ne dispose du pouvoir que s’est prévalu Joseph Kabila. Ce dernier, peut-il justifié en vertu de quel article de la constitution il s’est permis d’engager le pays tout seul dans un processus impliquant la présence d’une armée étrangère sur le territoire national, sans consulter ni aviser au préalable le chef du gouvernement, les présidents de l’assemblée nationale et du sénat et moins encore, le chef d’état major des armées qui est celui qui s’occupe de la situation des militaires sur le terrain ? Il s’agit ici d’une compromission très grave. Ce dysfonctionnement systémique démontre à suffisance que le pays n’est pas dirigé de manière responsable. Ceci démontre également que Joseph Kabila que l’on qualifie d'illettré se joue de tous ces gens ouvertement.

Le problème identitaire de Joseph Kabila

Selon notre appréhension, après le règne très bref de Laurent Désiré Kabila, au cœur de la disgrâce congolaise s’incruste le problème identitaire de Joseph Kabila. Contrairement à ceux, nombreux – le sont-ils encore ? – qui croyaient que c’est une distraction, ce problème est central. Il touche à un aspect essentiel de la démocratie. Celui-ci voudrait que tout le parcours des candidats devant gérer le pays à des plus hautes fonctions soit éclairci au départ. S’il avère qu’il y a des faits compromettant la probité d’une personnalité quelconque de la République, il est légitime qu’on procède à la vérification pour apurer ou dissiper tout doute sur le cas. Cette approche n’a pas été appliquée pour Kabila. Les Congolais en paient aujourd’hui les frais. Cette campagne ne relève nullement de la xénophobie. Elle participe à l’éveille de la conscience collective sur un point très sensible. Quoiqu’on dise, il est évident qu’il y avait lieu d’éviter de tomber dans des situations aberrantes comme celles que la RDC connait aujourd’hui. Où a-t-on déjà vu un militaire aller en guerre avec ses valises, sa femme et ses enfants ? Il n’y a que dans le pays de Kabila-Kanambe où des situations pareilles existent et sont tolérées par ceux qui prétendent avoir une certaine parcelle de pouvoir dans les institutions républicaines. Quand va-t-on cesser de se taire devant des flagrantes violations du droit constitutionnel ? Quand le peuple congolais devra-t-il comprendre que c’est par la tête que le contrôle de la gestion du pays doit commencer à s’exercer ? Tant que la question de l’identité de Kabila demeurera irrésolue, une partie du peuple congolais – et non la moindre – continuera à interpréter tout geste de mauvaise gouvernance qu’il pose comme étant dicté par des actes de sabotage ou de haute trahison compte tenu de ses origines cachées et non avouées.

Par Mwamba Tshibangu
Kaninda Wa Kaninda
guykaninda@yahoo.fr
Combattant UDPS/FRANCE

Répondre