Si vous avez aimé 1970, vous aimerez 2011

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Roger Puati
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Si vous avez aimé 1970, vous aimerez 2011

Message par Roger Puati » lun. avr. 30, 2012 4:00 pm

De toutes les études auxquelles nous nous consacrons, l’histoire est la mieux à même de récompenser notre recherche. C’est ainsi que s’exprimait le militant afro-américain des droits civiques Malcolm X. Si on peut effacer l’ardoise dans les relations interpersonnelles, l’amnésie et l’oubli à l’échelle d’une nation constituent, sans nul doute, un suicide.

On ne change pas une formule qui gagne

L’histoire de la République Démocratique du Congo est pleine de leçons historiques, mais la classe politique et d’une certaine mesure le peuple congolais faisons preuve d’une naïveté déconcertante. D’aucuns me surprennent lorsqu’ils se préparent au mirage des
élections de 2011, comme si celles de cette année qui confortaient le pouvoir en place, par un jeu de prestidigitation, lequel jeu était mené par des puissances extérieures, étaient démocratiques. Lorsque le candidat arrivé au second tour de l’élection présidentielle est forcé de vivre en exil, alors qu’ailleurs ce dernier serait l’animateur principal de l’opposition qui consacrerait le principe démocratique et laisserait présager une alternance possible, penser l’avenir du Congo en termes électifs en 2011 c’est faire preuve d’une inconscience pitoyable et d’un illettrisme politique coupable.

A ceux qui ne comprennent pas ce qui se joue en République Démocratique du Congo, j’aimerais humblement leur dire : si vous avez aimé 1970, vous aimerez 2011. Les puissances néo-coloniales qui ont miné les premières années de notre indépendance et ont fabriqué Mobutu Sese Seko répètent le schéma, bien rôdé, qui leur a réussi pendant plus de trois décennies. Qu’on ne s’y trompe pas, le Congo de Joseph Kabila Kabange est la réplique conforme du Zaïre de
Mobutu. Après son coup d’Etat en 1965, Mobutu claironnait aux oreilles de ses compatriotes que l’armée allait juste rétablir l’ordre pendant cinq ans, puis passera la main aux civils. La suite nous la connaissons, comme je connais déjà les résultats du scénario en préparation de 2011. Voilà pour quoi je ne crois pas au scrutin que certains de mes compatriotes attendent avec une impatiente et infantile crédulité.

Mûr ou pas mûr, il faut cueillir le fruit

D’ici j’entends les objections du genre : alors que faire dans ce cas ? Comment sortir de l’étau si nous perdons foi en l’alternance politique par la voie d’une élection libre, transparente et démocratique ? Une fois de plus, je me dois d’inviter mes lecteurs à l’enseignement de l’histoire. Peut-on me citer une seule rupture politique au Congo qui se soit opérée par un mûrissement d’une réflexion concertée au niveau national ? La réponse est non. L’indépendance ne nous a pas été donnée mais arrachée de la main du colon, d’où l’impréparation des nationaux à prendre les commandes du pays.
Le surgissement de Mobutu a été un coup de force marqué par une violence inouïe balayant, au besoin par des assassinats, de grandes figures parmi les pères de l’indépendance. L’imposition de Laurent-Désiré Kabila fut un coup de maître coiffant au poteau l’opposition non-armée qui avait travaillé et souffert de la dictature pendant de longues années. Mais le plus grave c’est d’avoir bafoué les conclusions des assises d’une portée sans précédent dans l’histoire de notre pays : la Conférence nationale. Aucun peuple digne et fier ne pourrait accepter sans broncher que lui soit infligé un tel mépris. Nous souvenons-nous encore de la marche dite des chrétiens réclamant la tenue de cette Conférence nationale dans laquelle le peuple avait fini par fonder tous ses espoirs ? Nous remémorons-nous de la brutalité sanglante des services de Mobutu qui, à l’époque, avait emporté dans la tombe un certain nombre d’entre eux ?
Un peuple politiquement mûr n’aurait jamais accepté l’installation de Laurent-Désiré Kabila à la tête du pays sans, tout au moins, l’impliquer de gré ou de force dans la configuration institutionnelle sortie de la Conférence nationale souveraine. Cela est une faute grave que les Congolais se doivent de réparer, s’ils veulent réellement être libres. Il n’est pas trop tard, puisque la Conférence nationale reste à ce jour le seul forum véritablement national, depuis que notre pays existe en tant qu’Etat. La stupéfiante arrivée au pouvoir de Joseph Kabila Kabange est due à l’assassinat barbare de Laurent-Désiré Kabila. Les élections qui ont suivi n’avaient qu’un seul but : légitimer le nouveau pouvoir par un maquillage dont le peuple congolais était le dindon de la farce. Notre peuple a essayé « gentiment » de réclamer son autonomie et sa souveraineté. Peine perdue. Ceux qui nous tiennent dans une nasse n’ont aucune envie de nous voir libres et maîtres de notre destin. La violence politique est le moyen le plus sûr qu’ils ont trouvé pour nous asservir indéfiniment. Alors que nous reste-t-il ?

Les tuteurs de la dictature en construction dans notre pays ne peuvent rien faire sans l’accord manifeste ou tacite de notre peuple. Selon l’adage consacré, qui ne dit mot consent, les parrains de Joseph Kabila Kabange continueront à consolider la tyrannie de ce dernier jusqu’à ce qu’il prenne pleinement le pouvoir, car aujourd’hui il est certes au pouvoir, mais il apprend son métier. La possibilité sage, évoquée par le théologien et philosophe Kä Mana dans une de ses livraisons sur Congo One, consistant en un maillage entre la gronde populaire et une prise de conscience du pouvoir qui ouvrirait un vrai espace démocratique dans le pays ne semble pas perceptible à l’horizon. Bien au contraire, par ses dernières tournées en Occident, Joseph Kabila Kabange étale au grand jour sa trame politique et les desseins de son pouvoir. Il n’est pas redevable au peuple congolais, son souci premier c’est de consolider le parapluie belgo-américain. Le clan de ce nouveau prince n’a qu’une vision : s’enrichir au détriment du peuple. La solution qui nous reste a déjà été expérimentée par d’autres peuples. Loin de moi l’idée d’une stratégie guerrière et irresponsable qui meurtrirait davantage notre peuple, posons-nous les questions suivantes : comment les Serbes ont-ils obligé Slobodan Milosevic au départ ? Comment les Libanais ont-ils obligé l’occupant syrien à lever le camp ? Comment les Ukrainiens ont-ils obligé les néo-staliniens à reconnaître leur défaite électorale et à céder la place ? Par une mobilisation populaire, décidée, persévérante et tenace. La réaction du pouvoir actuel à une telle action dévoilera encore plus sa véritable nature. L’objection qui consisterait à dire que dans ces trois cas, l’Occident était du côté de la revendication des peuples n’est qu’à moitié vraie. Car mûr ou pas mûr, envers et contre tout ou contre tous, le fruit doit être cueilli. Si le peuple congolais veut de manière farouche dire sa colère, sa détermination et son ras-le-bol de cette confiscation permanente de son destin, aucune puissance ne pourra lui refuser d’accéder à l’objet de son ardent désir. A moins de commettre un génocide à grande échelle sur le peuple congolais.
Dans cette hypothèse, plutôt que de survivre dans la lâcheté comme c’est le cas aujourd’hui, l’Histoire retiendra que le peuple congolais a choisi de périr pour sa dignité plutôt que de subir l’humiliation de voir ses richesses profiter aux autres. Une leçon historique de bravoure comme celle des Juifs à Massada (Israël).
Roger Buangi Puati, Responsable du BEES et
Représentant chargé de l'international et des médias

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