Alternance 2016 : "Kabila" teste la capacité d’indignation de la population

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Harmel Kaninda
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Alternance 2016 : "Kabila" teste la capacité d’indignation de la population

Message par Harmel Kaninda » dim. mars 20, 2016 8:56 am

Le scénario était bien écrit. Quarante-huit heures après la "réunion interinstitutionnelle" au cours de laquelle "Joseph Kabila" a décrété la "réduction du train de vie des institutions", le président de la CENI (Commission électorale nationale indépendante), Corneille Nangaa, a annoncé, vendredi 18 mars, l’impossibilité pour cette institution d’appui à la démocratie d’organiser l’élection présidentielle dans le délai constitutionnel soit 90 jours avant l’expiration du second et dernier mandat du Président en exercice. Il invoque des "contraintes techniques". Nangaa teste ainsi, par procuration, la capacité d’indignation des Congolais dont la grande majorité - l’avenir pourrait le démontrer - n’entend en aucun cas accorder un seul jour supplémentaire à l’actuel locataire du Palais de la nation dont le "bail" prend fin le 19 décembre 2016.

Corneille Nangaa semble prendre plaisir à agacer l’opinion congolaise. Après avoir confirmé le lien de subordination le rattachant tant à "Joseph Kabila" qu’au secrétaire général de la "majorité présidentielle" Aubin Minaku, le président de la CENI a annoncé, sans rire, vendredi 18 mars, que celle-ci n’est pas en mesure d’organiser l’élection présidentielle, selon le délai constitutionnel soit 90 jours avant l’expiration du mandat du Président sortant.

A l’appui de sa thèse, le numéro un de la CENI invoque des "contraintes techniques". Il s’agit manifestement du fichier électoral qui doit être non seulement révisé mais aussi complété avec l’enrôlement de nouveaux majeurs. Ouvrons la parenthèse pour rappeler que le "calendrier électoral global" publié le 12 février 2015 par la CENI était assorti de 23 contraintes législatives, matérielles et administratives. Treize de ces contraintes incombaient au gouvernement. Fermons la parenthèse.

Alliant la parole aux actes, le président de la CENI a dit son intention d’introduire une requête à la Cour constitutionnelle afin d’obtenir une "petite extension qui ne sera pas éternelle". Bonjour le "glissement"!

Quel argument Corneille Nangaa va-t-il faire prévaloir? Il sera difficile voire impossible pour les 9 juges de la Cour constitutionnelle de démontrer, dans un raisonnement logique, l’existence d’une "force majeure". La force majeure suppose un événement imprévisible et insurmontable. Depuis trois ans, le pouvoir kabiliste multiplie des entraves pour déstabiliser le processus électoral.

"Joseph Kabila a peur de quitter le pouvoir"

Depuis trois ans, "Joseph Kabila" dont le second et dernier mandat expire le 19 décembre 2016 multiplie des "ballons d’essai" pour sonder la réaction de l’opinion congolaise sur l’éventualité de briguer un troisième mandat. Après l’ouvrage d’Evariste Boshab publié en juin 2013 "Entre la révision de la Constitution et l’inanition de l’Etat", il y a eu les concertations nationales au cours de la même année. Celles-ci ont été suivies en 2014 par la campagne médiatique dite "Kabila désir" menée par Tryphon Kin-Kiey Mulumba. Depuis le mois de mai dernier, "Kabila" tente, sans grand succès, de matérialiser le "dialogue politique national inclusif".

Incapable de convaincre par ses réalisations, "Kabila" a, depuis quelques mois, opté pour la violence et les intimidations. Des représentants des forces politiques et sociales sont embastillés pour avoir émis des "réserves" à l’idée de voir le Président sortant faire modifier la constitution pour se succéder à lui-même.

Un analyste politique joint au téléphone, à Kinshasa, commente la "sortie médiatique" de Nangaa. Pour lui, "Joseph Kabila" sonde l’opinion. Au motif que le président sortant a peur de l’après-présidence. Pourquoi? "Joseph Kabila et ses mentors Paul Kagame et Yoweri Museveni continuent à considérer le Congo comme une ’prise de guerre’. A preuve, le raïs n’a jamais fait un effort pour s’intégrer au Congo. C’est un homme qui est en mission. Il n’a pas d’amis congolais. Il vit en vase clos avec sa soeur et son frère". Il poursuit : "Pour que l’Ouganda et le Rwanda vivent en sécurité, le Congo doit rester dans son état actuel de géant aux pieds d’argile avec Joseph Kabila à sa tête". Et de conclure : "Joseph Kabila et ses mentors ont peur. Ils ont peur des langues qui pourraient se délier après le 19 décembre 2016. Dieu seul sait le nombre de crimes commis sur le sol congolais par les troupes de l’AFDL dirigées par James Kabarebe qui avait à ses côtés le commandant Hippolyte. Il ne faut pas oublier que certains témoins n’attendent qu’un changement de régime pour dire ce qu’ils savent sur les circonstances exactes de la mort du président Laurent-Désiré Kabila...".

Jeudi 17 mars, la télévision béninoise (ORTB) a diffusé un débat inédit entre les deux candidats restés en lice au second tour de l’élection présidentielle prévu dimanche 20 mars. Il s’agit de Patrice Talon et de Lionel Zinsou. Bien que ponctué de quelques piques, l’échange est resté plutôt courtois. Les deux prétendants ont rehaussé l’image du Bénin. Quel est l’Africain qui ne pourrait en être fier? La sérénité qui a caractérisé cet "affrontement" découle notamment du fait que le président sortant, Thomas Yayi Boni, n’était pas candidat à sa propre succession.

Une bande de médiocres

D’aucuns auraient rêvé d’assister à une situation analogue au Congo-Kinshasa. Et pour cause, la Constitution interdit au Président sortant de briguer un troisième mandat. On espérait ainsi assister à une "passation civilisée de pouvoir" entre "Joseph Kabila" et son successeur. Hélas, les peuples n’ont que les dirigeants qu’ils méritent. Le constat est là : les Congolais sont dirigés, depuis quinze ans, par un homme fourbe. Un tricheur. L’homme est à la tête d’une bande de médiocres qui ont mis le pays en coupe réglée.

Dans sa déclaration, vendredi 18 mars, Corneille Nangaa a laissé entendre également que la CENI pourrait organiser l’élection présidentielle dans les délais. Toute honte bue, il pose une condition. A savoir que le personnel politique "oublie" son exigence portant sur la révision du fichier électoral.

Il faut espérer que les représentants des forces politiques et sociales acquis à l’alternance démocratique resteront fermes et résolus pour signifier clairement à "Joseph Kabila" ainsi qu’à la bande de médiocres qui l’entoure que "Quinze ans, ça suffit!"

Baudouin Amba Wetshi
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