Les contrats chinois sacrifiés sur l’autel du réalisme polit

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Les contrats chinois sacrifiés sur l’autel du réalisme polit

Message par Lacoste » mer. mai 14, 2008 9:54 am

(Kenge Mukengeshayi)

A ce stade, et quoi qu’on fasse, une chose est certaine. Au sortir d’un débat qui ne manque ni de couleur ni de chaleur à l’Assemblée Nationale, les contrats chinois ne seront plus les mêmes. Dans la meilleure des hypothèses, ils ne survivront qu’après un nettoyage en profondeur dans le fond comme dans la forme.
Pierre Lumbi, ministre des infrastructures et des travaux publics a beau vitupérer, au point d’irriter les bancs de la représentation nationale, il est impensable, après les premières salves tirées aussi bien par la majorité que par l’opposition, il est impensable qu’au sortir des échanges, au fil des critiques et des révélations, tout reste encore comme avant. Le ministre en sera naturellement quitte pour les risques personnels qu’il a n’a pas su éviter en donnant l’impression de prendre de haut, et même de très haut la représentation nationale. Un authentique suicide.

Le coup de grâce

C’est vrai que les errements du gouvernement sur la question des contrats chinois avaient fini par devenir pathétiques, tant les versions et les moutures se multipliaient sans que l’exécutif donnât l’impression de vouloir tordre le coup à la rumeur et à l’intoxication. Au total, un investissement théorique de 9 milliards de dollars (trois dans les mines et six dans les infrastructures) pour une production évaluée à 90 milliards de dollars, ce n’était plus du pillage, mais un bradage en règle. Dans la foulée de la révisitation des contrats miniers, une telle persévérance dans l’erreur, intentionnelle ou non, devenait diabolique. D’autant que, miracle de la négociation, tous les risques étaient assumés par la RDC désormais menacée d’un endettement additionnel.
Anti-constitutionnalité et violation de l’ordonnance de 2007 sur l’organisation et le fonctionnement du gouvernement ; tous les droits pour le groupement des entreprises chinoises contre tous les risques pour la RDC ; déséquilibre dans la répartition des projets sur l’ensemble du territoire national ainsi que dans l’actionnariat ; risque de surendettement et manque de transparence…Les partenaires traditionnels de la RDC s’étaient émus de ce que celle-ci avait, d’elle-même, plongé tête baissée dans un contrat léonin pire que tout ce qu’avait pu imaginer le régime léopoldien. De Bruxelles à Washington en passant par Paris, la question était la même : la RDC veut-elle réellement s’en sortir, s’en donne-t-elle les moyens, ou nos déficits récurrents de leadership ont-ils fini par plomber irrémédiablement toute chance de développement ? Les soudaines hésitations de ces mêmes partenaires à conclure un nouveau programme économique avec notre pays ont semblé, aux yeux de nombreux analystes, constituer le premier élément de réponse.
Avec raison, les Congolais estiment dans leur immense majorité, au nom de leur souveraineté, qu’ils ont le droit de choisir leurs partenaires au développement. Tout le problème, c’est que ce faisant, certains d’entre nous ont quelque peu tendance à oublier, ou à minimiser le droit de leurs partenaires à définir des critères de fréquentabilité – pour répondre aux souhaits de leurs propres opinions publiques ainsi qu’aux exigences de la nouvelle culture internationale des affaires, fondée sur la bonne gouvernance - à l’intention de ceux qui prétendent accéder aux avantages de leur coopération. Ils oublient, font semblant d’oublier s’ils ne passent pas cyniquement par pertes et profits le fait que ce n’est pas pour leurs beaux yeux – c’est-à-dire par altruisme, plutôt rare dans les relations entre nations, ou encore par simple naïveté - que ces partenaires ont soutenu le Dialogue intercongolais ; tenu à bout de bras, jusqu’à imposer la tutelle d’un certain Comité d’Accompagnement de la Transition, dont nombre d’entre nous s’étaient accommodés dès lors qu’il flattait leurs propres ambitions, la transition 1+4 ; financé les élections ; aidé à écarter l’Udps et son leader ; contribué à faire l’impasse sur les dysfonctionnements du processus électoral et les égarements de la Commission électorale indépendante, à mettre une sourdine aux revendications et prétentions – qui n’étaient toujours pas dénuées du bon sens – de Jean Pierre Bemba Gombo.
Le paradoxe, aujourd’hui, veut que ce soit l’opposition hier malmenée tout au long de ce processus qui se fait désormais la championne de bonnes relations avec les partenaires traditionnels. Une analyse lucide et moins passionnée aurait pourtant permis à chacun de se rendre à cette simple évidence que tous ces engagements et gestes qui semblaient à l’époque si anodins avaient un prix en termes de conditionnalités, sauf à vouloir apporter de l’eau au moulin de ceux pour qui le processus de transition ainsi que les élections auxquelles il a abouti n’auraient été qu’un fiasco retentissant ainsi qu’un coup d’Etat contre le Congo profond.
Bref, il restait alors au gouvernement congolais, face aux coups de semonce qui se multipliaient, certes d’afficher une posture nationaliste pour la consommation de son opinion, mais aussi et surtout de faire preuve de réalisme sur le fond. Ainsi Karel De Gucht, par exemple, n’a été critiqué que sur la forme. Alors que le gouvernement belge confirmait le message transmis à Kinshasa par le responsable de sa diplomatie, les Congolais pour leur part n’avaient toujours pas réussi à apporter la preuve irréfutable qu’une nouvelle classe des privilégiés n’était pas en train de jouer avec le feu en faisant étalage de biens souvent obtenus dans des conditions moralement inacceptables au regard de la misère généralisée qui frappe leur pays ainsi que sa population. Autre exemple, les crashes répétitifs dans le ciel congolais, preuve que malgré les contrôles pour rire, les décisions pour se donner bonne conscience et des commissions d’enquête qui ne démarrent jamais leurs travaux, les résistances, la corruption, l’incurie et l’impunité n’ont jamais évacué les rouages de nos grandes administrations où l’on continue à s’enrichir en semant la mort, les catastrophes et la désolation. Enfin, la preuve n’est jamais venue, malgré les conclusions accablantes de la Commission de révisitation, que les contrats miniers n’avaient pas été négociés à l’aune des intérêts des plénipotentiaires qui n’auraient pas hésité une seule fois à brader ceux de la République, du pays et de la nation.
Que Joseph Kabila ait décidé de passer les célèbres contrats chinois à la critique de la représentation nationale en pleine tempête politique à Kinshasa n’en apporte pas seulement par l’absurde la brillante et incontestable démonstration. C’est aussi la preuve que le Chef de l’Etat a senti siffler le vent, concluant rapidement à la nécessité de faire le break, de botter en touche pour obtenir un temps mort mais aussi l’indispensable révisitation d’une convention qui risque, à tout prendre, d’apporter avec lui les éléments de la condamnation des générations à venir sur notre manière de gérer les biens de l’Etat, de protéger le patrimoine national et les intérêts de la population.
Somme toute et au-delà d’un débat qui risque de devenir autant inutile qu’incongru par devant nos députés si ses véritables enjeux ne sont pas maîtrisés aussi bien par ceux qui tiennent à tout prix à déchirer les célèbres contrats - parce qu’ils n’en sont ni les initiateurs ni les signataires et encore moins les bénéficiaires directs de toutes ces petites opérations retour qui permettent de développer cinquante ans après les indépendances nos petits œufs coloniaux, nos trains de vie scandaleux et nos enrichissements sans cause - que par ceux dont la passion exclut toute lucidité sur la nécessité de donner plus de champ de manœuvre au Président de la République face à nos partenaires traditionnels de plus en plus critiques et à des contrats dont on peut tout dire, sauf qu’ils sont parfaits et qu’ils garantissent réellement les intérêts des Congolais.

Sacrifice

Certes gâtés par un régime qui ne leur refuse rien, nos députés n’ont pas attendu qu’on les prie pour se jeter sur les contrats avec une belle envie, non seulement pour les critiquer, mais aussi et surtout pour apporter la preuve que la démocratie n’est pas un simple slogan en RD Congo et que la représentation nationale y constitue une réalité bien vivante. La production n’a certes pas manqué, jusque là, de qualité, comme à chaque fois que nos députés se donnent en spectacle devant les caméras. Malheureusement, dans cette fuite en avant collective, nombreux sont ceux qui ont vite fait d’oublier la question de fond : qui avait intérêt à signer les contrats dans l’opacité et que se serait-il passé si la pression tant de l’opinion que de nos partenaires n’avait pas continué à s’exercer de manière constante ?
Objectivement donc, qu’on le veuille ou non, les contrats chinois sont ce sang à verser sur l’autel de la réconciliation avec nos partenaires traditionnels, auxquels il fallait d’urgence lancer un signal de bonne volonté, question de leur dire à quel point Kinshasa n’a jamais voulu d’une rupture, tout comme il n’a aucun intérêt à se rebeller contre ses amis de tous les temps.
Cynisme et réalisme riment donc sous le soleil de plomb de la capitale congolaise. Mais le Président de la République n’a en l’occurrence eu aucun tort à faire preuve d’habileté. D’une pierre deux coups, il adresse à nos partenaires traditionnels le message que ces derniers attendaient en signe d’apaisement et, en même temps, il permet à la représentation nationale de revoir un certain nombre de dispositions de la Convention avec le groupement des entreprises chinoises, quitte à rétablir en faveur de la RDC une situation plus que déséquilibrée, ou à y faire jouer aux autres partenaires un rôle plus conforme à nos relations traditionnelles, même si cela devait se traduire par une sorte de droit de regard des institutions internationales chargées d’en évaluer l’incidence à la fois sur le programme économique du gouvernement, la dette extérieure et le point d’achèvement de l’initiative PPTE.
Reste qu’en desserrant l’étau autour de lui, Joseph Kabila Kabange n’aura pas toujours répondu à la question des conséquences d’un tel virage sur un mandat qui aborde bientôt son tournant. Des promesses ont été faites aux populations en termes d’infrastructures. Or, il est acquis que l’inévitable renégociation de la Convention avec le groupement des entreprises chinoises risque, au mieux d’en retarder l’exécution, au pire de conduire à un blocage mortel, sans qu’une alternative sérieuse soit envisageable avec nos partenaires traditionnels à la fois très chiches et très regardants sur les conditionnalités. Mais cela, c’est aussi le prix politique à payer dans une partie de poker où l’on ne dispose pas toujours de toutes les cartes.

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