Réconciliation en RDC : l’Onu arrive trop tard

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Réconciliation en RDC : l’Onu arrive trop tard

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(Désiré-Israël Kazadi)

Une mission du Conseil de sécurité de l’ONU est annoncée, pour ce week-end, dans nos murs. Outre la RD Congo, la délégation est attendue en Côte d’Ivoire, en mission de réconciliation dans les deux pays qui sortent de la guerre. D’aucuns s’interrogent, à ce stade, sur l’opportunité et la pertinence d’une telle initiative au moment où, en Côte d’Ivoire, les belligérants ont opté pour la paix et, en RD Congo, la paix acquise de haute lutte, se trouve actuellement compromise et perturbée par l’arrestation à Bruxelles, à la demande de la Cour pénale internationale (CPI), d’un des acteurs majeurs de la vie politique rd congolaise. L’institution qui devrait effectuer un tel travail en amont est la commission Vérité et réconciliation (CVR), l’une des cinq institutions d’appui à la démocratie mises en place à l’issue d’un dialogue politique tenu en 2002 en Afrique du Sud. La CVR congolaise, comme celle mise en place en Indonésie, ont fortement été critiquées du fait, entre autres, de la politisation de sa composition. « En RD Congo, la commission était phagocytée par la logique des composantes et entités politico-militaires, d’où son inefficacité », s’est plaint un membre de la société civile qui a noté que l’erreur est « d’avoir donné la prime de guerre à ceux qui ont tué ».

Selon un rapport de l’organisation des nations unies (ONU), environ cinq millions de Congolais ont trouvé la mort dans les conflits armés ayant émaillé ce vaste pays de l’Afrique centrale de 1997 à 2002. Tandis des milices, très actives au Nord-Est du pays, se sont multipliées et causé la désolation à une population sans défense sur fond des conflits ethniques. La Communauté internaionale aurait dû faire preuve de vigilance avant Sun city (la ville sud-africaine qui a accueilli les négociations congolaises, Ndlr) et envoyer un signal fort en direction des assassins de tous bords, pense le membre d’une Ong de défense des droits de l’homme à Kinshasa qui estime qu’à l’époque des négociations politiques intercongolaises, les belligérants étaient tous fragilisés, épuisés ausi bien financièrement que politiquement. C’est curieusement la Communauté internationale qui les a remis en scelles, estimant que la paix ne pouvait être garantie que par ceux qui portaient les armes à condition de leur donner le pouvoir et l’argent. C’est ce qui a été fait. Ils ont eu tous les pouvoirs : politique, financier et militaire. Et les Congolais ont bien retenu la leçon : pour occuper des responsabilités d’Etat, il faut tuer, tuer et encore tuer ! Venue de ceux qui militent théoriquement en faveur des droits de l’homme, la leçon a à la fois surpris et anéanti les Congolais.
Mise en place dans ce contexte, et composée pour l’essentiel des ex-belligérants, la Comission Vérité et Réconciliation ne pouvait, de toute évidence, favoriser la manifestation de la vérité au sujet des innombrables massacres qui ont permis à leurs auteurs d’arriver au pouvoir. De même qu’elle ne pouvait rapprocher les tueurs de leurs victimes.
Pendant près de quatre ans de transition, l’immobilisme de la CVR n’a pas préoccupé le Ciat qui pilotait le processus et c’est naturellement en faisant l’impasse sur la vérité et la réconciliation que les Congolais ont été conduits aux urnes.
Au moment où le mal est fait et alors même que les vrais auteurs du texte constitutionnel qui nous régit n’ont pas cru devoir retenir la CVR parmi les institutions citoyennes à maintenir en vie, le Conseil de Sécurité des Nations Unies dépêche une mission à Kinshasa pour, semble-t-il, accompagner les Congolais dans leur processus de réconciliation. Faut-il croire à une amnésie sélective, permettant d’oublier ce qui s’est réellement passé dans ce pays et le rôle qu’y a joué l’Onu ? La même amésie permet-elle de ne pas voir ce qui se passe actuellement avec l’arrestation ciblée de Jean-Pierre Bemba et d’en déduire les conséquences au plan interne au cas où les autres politiques aux mains tâchées de sang ne seraient pas inquiétés ?

Rôle et mission d’une CVR

Aux yeux de Priscilla Hayner, expert en commission Vérité, une commission Vérité est « un organe officiel et temporaire mis en place pour enquêter sur une période passée d’atteintes aux droits de l’homme et au droit humanitaire ». Elle reçoit les déclarations des victimes, de témoins et d’autres personnes qu’elle mue en un rapport officiel et qui devient une reconnaissance officielle qui avait été souvent niée ou mal comprise. Ce que, de sa mise en place à sa dissolution, la CVR congolaise n’a pas fait. Une journaliste étranger a fait observer que l’institution a plus joué « le rôle de médiation que celui de réconciliation des Congolais », alors que les objectifs d’une telle mission est de « déterminer ou de révéler publiquement l’étendue des violences passées en recherchant tant les causes que les conséquences ».
Si la commission a également mission de « tirer les leçons du passé pour recommander des réformes qui aideront à prévenir de tels abus dans le futur », la commission vérité sous la transition en RDC n’a pas pu « reconnaître et dévoiler la réalité des crimes passés » pour paraphraser l’universitaire Eric Brahm qui a, dans un essai, estimé que « le fait d’assurer le passé peut être d’un grand bénéfice psychologique pour ceux qui cherchent à sortir de leur traumatisme ».
« Les gens vont devoir avaler des pilules amères. Les choses qui sont arrivées dans le passé vont être exposées à la lumière, et nous allons devoir l’accepter. C’est la seule façon d’aller de l’avant », pense Philip Wesseh, rédacteur en chef dans un journal libérien donnant son point de vue sur la CVR de son pays qui a démarré en janvier 2008.

Les exemples des autres…

Bien qu’une commission ne soit pas un tribunal, elle peut être dotée de pouvoir quasi-judiciaire, comme celui d’assignation, expliquait Olivier Kambala du Centre international pour la justice transitionnelle (CIJT). En Afrique du Sud, une CVR modèle a pu exister et donner des résultats satisfaisants. « A mon sens, son apport le plus précieux a été d’avoir enregistré l’histoire de l’apartheid. Si nous n’avions pas eu de commission vérité et réconciliation, je crois nous aurions eu au moins deux histoires de cette période », fait observer Richard Goldstone, juge sud-africain et premier procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) et du TPIR. Créée en 1995, la Commission vérité sud-africaine a présenté en 1998, un rapport en cinq volumes qui comprenait des recommandations sur les mesures de réparations à offrir aux victimes. On rappelle que le rapport final, rendu public en 2003, a permis aux victimes identifiées par la CVR de bénéficier d’une modeste compensation financière du gouvernement. La CVR congolaise n’a pu marcher sur les traces de ses aînés. Le rapport n’a toujours pas été présenté et rendu public. Comme au Congo, la CVR sierra léonaise est née de l’accord de Lome (Togo) signé en 1999 entre le gouvernement et les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) qui a mis fin à près d’une décennie de guerre civile. Opérationnelle depuis 2002, le mandat de la commission était de « produire un rapport historique et impartial sur les atteintes aux droits de l’homme et au droit humanitaire en relation avec la guerre civile… ». Composée de sept membres dont quatre sierra léonais et les autres non nationaux, l’instance a pu collecter 7706 déclarations, tenir de audiences publiques dans tout le pays et soumettre un rapport final exhaustif au gouvernement sierra léonais en octobre 2004 et qui n’a été rendu public qu’à la mi 2005. Ce conflit avait « dégénéré en d’épouvantables brutalités contre les civils, le monde a eu un mouvement d’horreur devant les méthodes pratiquées par le Ruf, ses alliés et ses opposants ». Les exemples d’ailleurs n’ont donc pas été suivis par les Congolais. Les « plaies » sont restées ouvertes et les victimes, en milliers, n’ont toujours pas obtenu réparation pour préjudice subi.
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