Liquidation collective de l’autorité de l’Etat

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Ngandu Bukasa Etienne
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Liquidation collective de l’autorité de l’Etat

Message par Ngandu Bukasa Etienne » mer. juin 25, 2008 7:54 pm

(Jean N’Saka wa N’Saka)

« Des escrocs au pouvoir ! » titrait Le Phare sur cinq colonnes à la Une de son édition n°3349 du lundi 16 juin 2008. Qu’un journal aussi réputé sérieux que ce quotidien de l’avenue Colonel Lukusa, dont le leadership rédactionnel est à cheval sur les principes de la bienséance et de la morale, bannit l’usage du style banal et vulgaire jugé incompatible avec sa ligne éditoriale, puisse arborer cette manchette crue, c’est que les turpitudes à tous les échelons sont poussées à un stade tel qu’elles apparaissent désormais comme des indices annonciateurs de la liquidation collective de l’autorité de l’Etat et de la puissance publique. Ce n’est pas par le plus grand des hasards. Le journal tire argument du scandale de la « séquestration des députés par un homme d’affaires libanais », nommément Gérard Mulumba de l’Assemblée provinciale de Kinshasa et Francis Kalombo de l’Assemblée nationale. Ce n’est pas un cas isolé, unique, rare, exceptionnel que Le Phare aurait pu négliger. L’Assemblée nationale dont la majorité est d’obédience PPRD auquel appartiennent Francis Kalombo et Gérard Mulumba, en a été émue. La Commission mise sur pied pour enquêter sur cette affaire par l’Assemblée nationale, recommande de déférer Francis Kalombo et Gérard Mulumba à la justice. Le PPRD leur parti, a décidé de les déférer à la Commission de discipline.

Comme dans une pièce vaudevillesque, les personnages ont joué leurs rôles parfaitement de façon convergente. Francis Kalombo et Gérard Mulumba sont présentés comme des brebis galeuses uniques de la société, désignés à la vindicte publique ! Sont-ils moralement irréprochable ceux qui, profitant de cette occasion, s’érigent en petits saints et leur jettent des pierres ? Et pourtant, Francis Kalombo, Gérard Mulumba et même Roger Nsingi, ne sont que des parties émergées d’un iceberg. Ils constituent un échantillonnage expressif d’une société pourrie jusqu’à l’os. Ils ont eu le malheur d’avoir affaire à une cible familière des plus puissants qu’eux dans les sphères officielles, d’où l’aventure s’est compliquée et a tourné à leur désavantage. C’est ce que Le Phare a compris et décrit sous le titre « Des escrocs au pouvoir ! » Cet article esquisse l’image globale peu flatteuse de la société, vue selon les détenteurs des parcelles de pouvoir. Les opérations de racket et de rançonnement sont des pratiques courantes, élevées à la hauteur des activités normales. Ministres, sénateurs, députés, conseillers à la Présidence ou à la Primature, magistrats, officiers généraux et supérieurs de l’Armée et de la Police, mandataires publics, agents des services secrets, gouverneurs de province, ministres et députés provinciaux, sont tous insensibles à leurs turpitudes et s’acharnent à liquider l’autorité de l’Etat et la puissance publique par des actes indélicats de trafic d’influence, d’abus de pouvoir, et de corruption.
La qualité officielle ou toute parcelle de pouvoir est monnayée et devient pratiquement un fonds de commerce. Le sens de la dignité et de l’honneur est rarement perceptible dans les sphères officielles quelles qu’elles soient. La séquestration des députés par un homme d’affaires libanais n’est que la conséquence de l’avilissement de l’Etat d’une manière générale par les détenteurs des parcelles de pouvoir.
L’adjudication de marchés publics, les transactions douanières, les taxes administratives et redevances dues à l’Etat, la négociation et la signature des contrats miniers, les arrêts et actes judiciaires, les dossiers des services secrets, les nominations et promotions dans les entreprises publiques, etc… se font moyennant corruption et marchandage. De qui des hommes d’affaires asiatiques résidant à Kinshasa obtiennent qu’ils aient des agents de l’ordre comme gardes du corps et gardiens de leurs magasins et résidences ? De qui obtiennent-ils des numéros de téléphones secrets de certaines autorités haut placées qu’ils alertent en cas d’ennuis et qui n’hésitent pas à intervenir en leur faveur ? Ni de Francis Kalombo ni de Gérard Mulumba, petites parties émergées de l’iceberg d’un Etat naufragé, soldé et liquidé avec tous ses rouages, mais des détenteurs de pouvoir attitrés.

Un système de valeurs anachroniques

Le rapport de la Commission chargée d’enquêter sur cette affaire et son examen à l’Assemblée nationale ne paraissait pas rigoureux et équitables. On s’est acharné contre les deux députés qui se seraient comportés en truands. Mais les téléspectateurs se sont étonnés du silence de la Commission et de la plénière de l’Assemblée nationale sur une révélation aussi grave de corruption avouée par le Libanais Zeidan lui-même, avec 25.000 dollars qu’il aurait déjà donnés à l’un de ces députés auparavant. On a envisagé des sanctions sévères conter ces députés, notamment la perte de leur immunité et des poursuites judiciaires. Mais aucune sanction n’a été préconisée contre ce Libanais qui s’est avoué corrupteur spontanément et facilement devant la Commission ! On a fait semblant de n’avoir rien entendu, comme pour confirmer que la corruption était une pratique normale en Rdc. Dans un pays de droit où la corruption est punissable, ce libanais devrait être interpellé par le Parquet, l’Etat s’est évanoui. Les échos de son évanouissement se propagent à l’extérieur. La situation va empirant qu’avant la transition. La résultante du processus électoral n’aurait été que l’affaiblissement et le naufrage de l’Etat.
Des pans entiers du territoire national peuvent être occupés ou annexés sans coup férir. Les ressortissants congolais peuvent être persécutés et chassés d’ailleurs sans aucune réaction énergique ni mesures de rétorsion d’usage en diplomatie, de la part des autorités de leur propre pays. L’indépendance du pays et la souveraineté de l’Etat qu’on évoque le cas échéant pour se défendre contre des critiques et reproches, sonnent comme des formules incantatoires vagues, indémonstrable par les faits et gestes dans l’exercice du pouvoir. L’autorité de l’Etat est aliénée aux résidents étrangers qui se croient tout permis. Cette carence d’affirmation de la puissance publique est un problème national très sérieux, lié dans les sphères officielles. Nos autorités sont plus abordables par des étrangers en manches de chemises et chaussés des pantoufles que par des Congolais tirés à quatre épingles, ce qui dénote le degré de la familiarité qu’il y a entre eux. C’est le mal généralisé du pouvoir qu’une seule institution ne peut guérir quels que soient ses efforts, par exemple les résolutions adoptées par l’Assemblée nationale en marge de la séquestration de députés, soi-disant pour préserver l’honorabilité des députés.
Les carences d’autorité de l’Etat et de réalité de la puissance publique est un mal généralisé et difficile à détruire, car il s’agit de tout un système de valeurs enracinées et entretenues qui régissent notre société du sommet à la base. La preuve en est que la campagne pour le changement de mentalité orchestrée et médiatisée naguère pendant plusieurs jours dans la capitale, n’a produit aucun effet positif sur ce système des valeurs anachroniques et destructrices de la société. Selon ce système, les vices deviennent des vertus, et inversement. On ne peut espérer changer et régénérer une société en décadence que par le changement psychologique et moral des hommes qui la composent et la gèrent. Cela dépend non pas d’un hasard mais d’un providentiel concours de circonstances bouleversants qui engendrent un nouvel ordre.
Ngandu Bukasa Etienne
Mail: etngandu@udps.be
Administrateur Forum Udps.be

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