Après la démission d'Antoine Gizenga: QUI ?

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Après la démission d'Antoine Gizenga: QUI ?

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(Kenge Mukengeshayi)

Commentaires et analyses sont allés bon train dans les salons politiques, diplomatiques et les salles de rédaction depuis l’annonce de la démission, jeudi en milieu de journée, d’Antoine Gizenga Fundji de ses fonctions de Premier Ministre. Une véritable onde de choc a traversé tout le pays, tant le geste est plutôt rare aussi bien en République Démocratique du Congo qu’en Afrique. Le sens d’une démission Dans la soirée, alors que l’émotion s’apaisait et que chacun digérait les événements de la journée, la question que tout le monde se posait - les Congolais étant friands de politique et surtout des dividendes qu’elle rapporte - tournait autour du profil du successeur d’Antoine Gizenga Fundji. En fait, une fuite en avant bien à la congolaise, dans la mesure où le chef de l’Etat ne s’est pas encore prononcé conformément à la constitution, quand bien même il apparaissait aux yeux de nombreux analystes que l’affaire avait été négociée et gérée au niveau des deux ténors de l’exécutif.

Revenons à la démission elle-même pour signaler que c’est vers 10 heures que le Premier Ministre a officiellement présenté sa lettre au Président de la République. C’est à ce dernier qu’il appartient désormais d’y répondre dans un sens ou dans l’autre, quand bien même – c’est un élément qui n’a pas toujours été suffisamment souligné – la constitution ne prévoit pas de délai butoir pour la réponse du chef de l’Etat. La plupart des commentateurs ont cependant noté la sérénité avec laquelle le Premier Ministre, évitant toute dramatisation, a effectué sa démarche. Mais ce qui semble avoir le plus frappé l’opinion, c’est la simplicité et la profondeur du message d’Antoine Gizenga, le sens de l’honneur dont il a fait montre ainsi que sa modestie. Sens de l’honneur parce que le geste ainsi posé sort plutôt des traditions bien de chez nous pour mériter d’être cité en exemple pour les générations présentes et à venir. Antoine Gizenga a également fait preuve d’une étonnante modestie en rappelant que ce fut un grand honneur pour lui d’avoir été élevé aux fonctions de Premier Ministre. Dans la foulée, le patriarche a dit toute sa reconnaissance au peuple congolais et au Président de la République pour son retour aux affaires nationales au poste de Premier Ministre 45 ans après en avoir été évincé dans le cadre du gouvernement de P.E. Lumumba. « Grâce à vous, par vos suffrages et par la volonté du Président de la République », a-t-il rappelé. Avant de préciser que ce retour était motivé par la volonté d’empêcher la fracture Est-Ouest, de promouvoir la paix et l’unité nationale, d’instaurer la bonne gouvernance. Antoine Gizenga s’est montré satisfait de son bilan, estimant qu’on peut « affirmer aujourd’hui que le pays commence à reprendre le bon cap et à connaître une vraie dynamique de redressement et de refondation ». Quant aux raisons de sa démission, il a évoqué les limites du corps physique, « même si l’esprit peut encore être sain et alerte ». Le message d’Antoine Gizenga se termine par des formules de courtoisie qui étonnent et émeuvent. C’est le cas de cette reformulation de sa gratitude au Président de la République pour la confiance; de ces remerciements au Parlement pour la courtoisie qu’il lui a témoignée; de cette reconnaissance au pouvoir judiciaire pour l’estime qu’il lui a portée, et surtout au peuple congolais qui l’a entouré « de tant de compréhension et d’affection traduite par la gentille appellation de patriarche ». Retour à l’accord S’agissant de la question de la succession qui a commencé à agiter le microcosme à l’annonce de la démission du chef du gouvernement, des noms étaient cités dès jeudi dans la journée, dans une série de combinaisons aussi inédites que loufoques. Il n’en reste pas moins, sur le fond, que poser la question de la succession, c’est évoquer en même temps celle de la viabilité de l’accord signé en son temps et jamais révoqué entre le Palu et l’AMP dans l’entre deux tours de la présidentielle de 2006, lequel accord attribuait la primature du gouvernement au Parti Lumumbiste Unifié. On s’intéressera donc à savoir, dans les jours à venir, quel est le sort de cet accord, si le chef de l’Etat l’a récusé, s’il peut le récuser et pour quel intérêt. En d’autres termes, les raisons ayant justifié cet accord et rappelées dans son message par Antoine Gizenga ont-elles cessé d’exister ou militent-elles plus que jamais en faveur d’un successeur qui s’inscrirait dans la même logique ou, à tout le moins, qui bénéficierait pour les mêmes raisons de la bénédiction et du soutien du patriarche ? Voilà donc, en bref, pourquoi nombre d’observateurs sont d’avis que le chef de l’Etat a besoin d’un Premier Ministre qui ne donne pas l’impression que « le pouvoir se concentre à l’Est », ou que le Président de la République ne dédaignerait pas de prendre le risque d’une fronde dans l’Ouest après les secousses récurrentes que ne cesse d’enregistrer l’Est de la RDC. Pour le reste, les observateurs notent non sans raison que c’est parce qu’il y a eu cet accord, justement, que la démission d’Antoine Gizenga a été négociée. De sorte qu’au-delà des critères de compétence, de moralité et d’honorabilité qui devront arrêter les grands traits du profil du prochain Premier Ministre, il tombe sous le sens qu’au plan politique, le poste exige un rassembleur, un mobilisateur, un grand communicateur et un diplomate avisé, enfin un homme qui puisse jouir de la double confiance de Joseph Kabila et d’Antoine Gizenga pour rester dans la logique de l’accord de coalition. La part de l’Est Enfin, une question qui ne manque pas d’intérêt est celle de savoir quel impact la crise de l’Est aura sur le profil du Premier Ministre à venir et le gabarit de la prochaine équipe gouvernementale. Dont on dit, du reste, qu’elle est appelée à subir une véritable cure d’amaigrissement dans l’objectif de la réalisation des économies budgétaires, avec à la clé quelques pleurs et beaucoup de grincements de dents. N’empêche, la question reste posée : la prochaine équipe comportera-t-elle aussi un signal fort à l’égard de cet Est toujours aussi troublé ? Les prochains jours nous apporteront sans doute des réponses.
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