Thabo Mbeki s’en va sans gloire

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Thabo Mbeki s’en va sans gloire

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(Jean N’Saka wa N’Saka, Journaliste Indépendant )

Il est difficile que de grands hommes d’Etat qui brillent par la sagesse, l’intelligence, la moralité et des aptitudes particulières dans la conduite des affaires et la gestion de leurs pays, laissent des fils spirituels dignes d’eux, c’est-à-dire des continuateurs politiques capables d’incarner leur vision du présent et du futur, leur perception universelle de la scène nationale et de l’environnement international, même s’ils sont leurs dauphins, c’est-à-dire les successeurs choisis par eux-mêmes. Souvent, ils sont trahis et reniés par des faits et gestes incompatibles avec leur éthique et leur idéal, par ceux qui se réclament d’eux seulement pour acquérir de la crédibilité et de préserver leur image de marque dans la société. A cause de ces trahisons et reniements, les disparus de ces sommités se retournent dans leur tombe, tandis que les vivants se consument de chagrin, envahis par la honte. Trouve-t-on aujourd’hui dans leurs pays respectifs, des continuateurs de la trempe de l’égyptien Gamal Abbdel Nasser, du ghanéen Kwame Nkruma, du guinéen Sekou Touré, du malien Modibo Keita, du tanzanien Julius Nyerere, des congolais Patrice Lumumba et Joseph Kasa-Vubu pour n’évoquer que ces quelques noms ? Le vent est en train de tourner en Afrique du Sud. Le témoin que le charismatique Nelson Mandela avait passé en beauté avec les pompes et solennités touchantes, à son dauphin Thabo Mbeki en se retirant de plein gré, va se transmettre cette fois-ci dans un climat malsain empreint d’animosité, de suspicion et de déchirements au sein de l’ANC (African National Congress), grand parti politique historique, populaire à nul autre pareil en Afrique du Sud, influent et dominant, vainqueur de l’apartheid, au pouvoir depuis Mandela jusqu’aujourd’hui, avec son successeur Thabo Mbeki choisi par lui-même, maintenant en difficulté et devenu impopulaire.

Le dauphin de Mandela n’a pu rester fidèle à la ligne du parti pour incarner l’ascendant, l’idéal et les grandes aptitudes de sagesse, d’éthique et de leadership qui étaient les principes de vie et de gestion aussi bien de l’ANC que du pays pour son prédécesseur. La preuve en est la méfiance dont il était viscéralement rongé à l’égard de Jacob Zuma, qui s’affirmait de plus en plus comme celui à qui il devrait à son tour passer le flambeau en beauté comme Mandela l’avait fait avec lui. Il était devenu le plus commun diviseur du sommet et de la base au sein du parti. Son étoile avait dès lors beaucoup pâli. Il s’en était rendu compte la mort dans l’âme, à la convention de l’ANC où il a été battu à plate couture par Jacob Zuma, que la base avait investi de sa confiance. Le pouvoir en Afrique du Sud de l’après-apartheid étant la propriété du parti, le désaveu de Thabo Mbeki à la convention indiquait déjà la porte de sortie. Politique et affairisme Ayant pris goût au pouvoir et enclin à l’affairisme, Mbeki a été tenté de se cramponner au fauteuil le plus longtemps possible, à l’encontre d’un principe consensuel non écrit du parti. Il avait pris ombrage de l’élection de Zuma à la tête de l’ANC, car il voyait en lui son successeur virtuel. A peine élu à la tête de l’ANC, Jacob Zuma s’est trouvé assailli par des démêlés avec la justice, inculpé de corruption. C’était visiblement la recherche d’un stratagème susceptible de l’empêcher d’accéder au pouvoir en remplacement de Thabo Mbeki. Les conseils prodigués par Nelson Mandela à son dauphin pour préserver et maintenir l’harmonie et la concorde au sein du parti n’ont pas été pris en considération. On ne pouvait pas s’imaginer que le tireur de ficelles dans les ennuis que connaissait Zuma avec la justice était Thabo Mbeki. Le 12 septembre dernier, le juge Chris Nicholson du Tribunal de Pietermaritzburg dans le Kwazulu Natal, invalide des poursuites judiciaires engagées contre Jacob Zuma, par un arrêt de non-lieu. Il révèle qu’il y voit des interférences politiques au niveau du sommet du pouvoir. La révélation par le juge, de l’implication politique du Président Mbeki dans l’affaire en instrumentalisant la justice pour nuire gratuitement à Jacob Zuma, a été un scandale pour la base et les cadres de l’ANC qui n’en revenaient pas. Le dauphin de Mandela venait de scier la branche sur laquelle il était assis. Le 20 septembre dernier, l’ANC lui retirait sa confiance et récupérait son fauteuil pour le confier à quelqu’un d’autre pour achever son mandat jusqu’en 2009. C’est le Secrétaire général du Parti, Guede Matashe, qui annonce la décision laconique en ces termes : « L’NC a décidé de rappeler le Président avant la fin de son mandat. Nous allons désigner un intérimaire… » Pris de vitesse, Mbeki en était réduit à rendre son tablier sans résistance. A l’opposé du charismatique et sage Nelson Mandela, il se voit contraint de s’en aller sans les honneurs de la guerre. C’est humiliant pour un homme qui a joué le rôle de médiateur dans certains pays africains, de quitter le pouvoir dans des conditions peu flatteuses. Mêlant la politique avec l’affairisme, comment le Président Thabo Mbeki a joué ce rôle de médiateur partout où il était sollicité ? Les résultats sont mitigés. En Côte d’Ivoire, on s’était finalement dispensé de ses bons offices dont les officiels ivoiriens ne voyaient plus aucune utilité. En RDC, il est de ceux qui avaient soutenu le principe extravagant de distribuer gentiment des primes d’encouragement aux belligérants et favorisé la violation systématique des textes légaux élaborés et signés dans son pays. Au Kenya comme au Zimbabwe, il a inspiré et célébré des mariages contre nature. Sa mission de sapeur-pompier dans ces pays africains n’a pas vraiment donné des résultats satisfaisants pour les peuples. Il n’a pas bien assumé son titre de dauphin de Nelson Mandela dont il était devenu, malheureusement, presque l’antithèse. Son étoile n’a pas tardé à s’obscurcir, alors que l’aura de son prédécesseur longtemps retiré des affaires, demeure toujours intact et continue d’exercer son ascendant sur des millions d’hommes et de femmes de tous âges à travers le monde. La manière dont il quitte la scène politique dans son pays n’est pas honorable.
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