Concordat PPRD-PALU: Un acte sous seing privé

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Concordat PPRD-PALU: Un acte sous seing privé

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(Jean N’Saka wa N’Saka, Journaliste indépendant)

Aussitôt la lettre de démission du Premier ministre Antoine Gizenga remise au Président de la République, et avant même que celui-ci n’y ait répondu d’une manière ou d’une autre, il s’est engagé une polémique à propos de la désignation de son remplaçant. De quelle provenance politique devrait être son successeur ? Doit-il venir du Palu ou du PPRD ? La première réaction était celle du Palu. Le soir du jour même où la démission du Premier ministre était connue, c’est son parti qui diffusait un communiqué sur les médias audiovisuels, soulignant que dans quelques heures le Palu allait donner le nom du remplaçant d’Antoine Gizenga au Président de la République. Un peu plus tard, des voix s’élevaient des milieux du PPRD réfutant cette prétention, et insistant sur le fait que ce poste était confié à Antoine Gizenga en vertu de son ascendant personnel dans le cadre de l’Alliance pour la Majorité Présidentielle, et non un droit exclusif acquis au Palu comme héritage transmissible à ses collaborateurs de ce parti. Cette polémique continue de se développer dans les médias écrits et audiovisuels tant qu’on aura pas connu de quel camp sortirait le remplaçant de Gizenga désigné par le Chef de l’Etat. Les deux acteurs de premier plan par ordre d’importance qui constituent l’Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP) sont Joseph Kabila Kabange et Antoine Gizenga Fundji. Ils étaient en quête de suffrages confortables devant déboucher sur la majorité parlementaire. Les deux partis avaient signé un concordat aux termes duquel Antoine Gizenga devait occuper le poste de Premier ministre en cas d’élection de Joseph Kabila à la Présidence de la République. C’est ce que l’opinion a constaté après les élections. Logiquement, cette convention conclue entre le PPRD et le Palu peut être considérée comme un acte sous seing privé, n’engageant que les parties contractantes. Les analystes politiques et les observateurs diplomatiques qui suivaient attentivement cette polémique concernant la désignation du remplaçant du Premier ministre démissionnaire, étaient en train de se demander comment et pourquoi ce concordat PPRD-Palu pouvait-il concerner l’Etat congolais et l’engager ?

L’éventualité de la démission d’Antoine Gizenga était-elle envisagée dans ce concordat ? Etait-il convenu par les parties contractantes que si pareil cas venait à se produire, son successeur devrait sortir de son parti ? Tous ceux qui formulaient des hypothèses et des spéculations sur le remplacement du leader du Palu à la primature n’abordaient pas sérieusement toutes ces questions. Quoi qu’il en soit, la seule charte légale qui régit le pays et les institutions avec les animateurs et qui prévaut sur tous les autres textes, est la Constitution promulguée le 18 février 2006. L’art. 78 de cette Constitution stipule notamment : « Le Président de la République nomme le Premier ministre au sein de la majorité parlementaire après consultation de celle-ci. Il met fin à ses fonctions sur présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement... Si une telle majorité n’existe pas, le Président de la République confie une mission d’informateur à une personnalité en vue d’identifier une coalition… ». Gizenga clarifie sa position A la réflexion, est-il raisonnable de mettre en relief le concordat PPRD-Palu, et la Loi fondamentale au second plan, pour la désignation du remplaçant du Premier ministre Antoine Gizenga ? Et l’on fait dire à cet acte sous seing privé ce qu’il n’explicite ni n’insinue nulle part. Il serait anormal que le pays soit pris en otage pour la désignation d’un nouveau Premier ministre à cause d’un accord de compromis engageant deux partis politiques d’un cartel de circonstance. Mais il se peut que le Chef de l’Etat et le Premier ministre démissionnaire se soient fait des confidences et donné des garanties mutuellement sans qu’ils s’en ouvrent à leurs collaborateurs. D’ailleurs, il était difficile de démontrer que ceux qui s’agitaient au sein du Palu et considéraient la primature comme la propriété de leur parti, seraient vraiment en communion d’idée et de pensée avec Gizenga à ce propos. L’affaire Godefroid Mayobo, désavoué et exclu de façon spectaculaire, mais dont Gizenga n’a pas voulu se déparer, a montré qu’il y avait aussi au sein du Palu de fortes têtes enclins à s’émanciper de l’autorité morale de leur leader. Toutefois, le pape du Palu ne pouvait-il pas être surpris de la réaction de son parti pour le cas présent comme il l’avait été de l’exclusion de Mayobo ? L’hypothèse parait vraisemblable. On ne peut en dire autrement et cela s’est vérifié à la réunion des ministres de mardi dernier – la dernière d’adieu du Premier ministre sortant – où Antoine Gizenga, saluant les membres de son gouvernement pour l’ultime fois et se serrant la main avec le Président de la République, a déclaré qu’il laissait le Chef de l’Etat libre de choisir son remplaçant dans le camp de la majorité. Non seulement ces propos d’Antoine Gizenga montraient qu’il n’entrait pas dans ses intentions de créer une vaine crise de confiance au sommet de l’Etat alors qu’il avait décidé de s’en aller, mais encore ils coupaient court à l’agitation et aux spéculations de ceux qui se perdaient en conjectures rien que pour assouvir leurs ambitions personnelles, tant au sein du Palu que du PPRD. Cela ne démentirait pas des confidences qu’on se serait faites et des garanties qu’on se serait données sans témoins. Apparemment, ultime d’adieu pour le cabinet sortant, la réunion des ministres de mardi sous la présidence du Chef de l’Etat aurait été provoquée implicitement pour mettre fin à cette polémique de succession du Premier ministre engagée avec virulence par des tireurs de ficelles et des ambitieux du Palu et du PPRD, à la faveur de la déclaration de désengagement et de clarification faite par Antoine Gizenga lui-même. N’empêche que si le PPRD et les autres composantes de l’AMP peuvent se sentir soulagés, on ne peut en dire autant pour de fortes têtes du Palu qui seraient inconsolables, remplies d’amertume et de rage. Or, il n’en reste pas moins que le Palu est toujours membre à part entière et l’un des acteurs de premier plan de l’Alliance pour la Majorité Présidentielle. Il sera certainement représenté valablement dans l’équipe gouvernementale qui va sortir. Le cartel gouvernant n’est ni le PPRD ni le Palu, mais l’AMP. C’est ce cartel politique qui est le dépositaire de pouvoir que se partagent les partis et alliés qui en sont les membres. Désormais, il n’y a que l’acte sous seing privé concernant l’attribution de la primature au leader du Palu qui a fait son temps.
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