L’Onu pour toujours!

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L’Onu pour toujours!

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(Kenge Mukengeshayi.)

Regardons les choses en face : où va le Congo ? Depuis une quinzaine d’années, notre pays n’est plus ce qu’il fut. Menacée dans son unité, dupée dans son projet démocratique, pillée comme jamais pays ne l’a été, y compris par ses propres enfants, la RDC n’a ni les ressources morales nécessaires pour forcer son destin, ni, plus grave, le leadership clairvoyant et imaginatif à même de mobiliser l’ensemble des forces politiques et sociales, de fédérer autour d’une vision. Gagnée par le doute, la RDC ne croit même plus en son propre avenir.Les derniers événements de l’Est apportent, une fois de plus, la terrible illustration de l’effondrement du mythe congolais, d’un rêve qui se voulait de grandeur, de prospérité et de puissance. La guerre a en effet repris avec son lot de souffrances et de misère. Certes, le temps n’est plus à la conquête du pouvoir par les armes. Mais le pays est toujours aussi humilié, aussi diminué tant par ses propres fils incapables d’en assumer les charges, que par ses voisins qui l’ont transformé en champs clos de leurs rivalités internes et en gâteau de pique-nique pour tous les rapaces du monde entier.

Démission Reste, évidemment, la question de fond. Face à la guerre, face à l’humiliation et aux défis, quelle a été notre réponse au plan tant individuel que collectif ? Les Congolais continuent de se disputer les reliefs d’un festin qui n’est pas le leur et à se battre pour le pouvoir pendant que leur pays, lui, fout le camp. C’est vrai que, même s’il a une part incontestable dans le drame congolais, l’alibi de l’ennemi extérieur, de l’arrogance du Rwanda, de la toute puissance, vraie ou supposée, de Laurent Nkunda, ou encore de l’abandon de notre pays par la Communauté internationale n’explique pas tous nos déboires. La vérité est qu’une fois de plus le leadership congolais a dramatiquement failli. Le Chef de l’Etat s’est récemment investi dans un forcing volontariste pour tenter de réanimer un programme Amani en coma profond. Six jours durant, début septembre, Joseph Kabila a sillonné le Nord-Kivu, reçu et consulté tout ce qui compte dans la crise des Kivu avec, au bout, un plan de désengagement présenté par la Mission de l’Onu en RD Congo. Mais en dépit de cet appui, certes du bout des lèvres, de la mission onusienne, Nkunda et le CNDP n’ont toujours pas relâché la pression. Bien au contraire, passant à l’étape supérieure, ils ont exigé des négociations directes avec le gouvernement et coup de théâtre, ils en sont désormais à la transformation de leur organisation en mouvement de libération. La prime à la belligérance instituée par l’Accord global et inclusif a décidément fait des émules et nul ne se plaindra que dans un pays où, depuis une quinzaine d’années, le pouvoir se trouve au bout du fusil, les mêmes effets proviennent des mêmes causes. Volonté d’en découdre ou aveu d’obsolescence d’un système qui ne permet pas aux collaborateurs de prendre des initiatives, Joseph Kabila, à son corps défendant, a cru de son devoir de faire face en répondant à l’interview du Rwandais Paul Kagamé au quotidien bruxellois Le Soir. Question alors : où est passée l’AMP et à quoi sert-elle ? Où est passée la coalition majoritaire, apparemment intéressées seulement par la démission d’Antoine Gizenga et sa succession, comme si cela avait un sens de se battre pour le pouvoir dans un pays en passe de devenir une tragique fiction ? Les observateurs n’ont pas oublié l’aberration surréaliste d’un HCR-PT proclamant le partage équitable et équilibré du pouvoir à Kinshasa alors que l’AFDL toquait déjà aux portes de la capitale. Par contre, en France, le Premier Ministre Fillon et le secrétaire général de l’UMP Patrick Devedjan auraient puissamment relayé le Président de la République dans sa croisade, tandis que ce dernier, de son côté, aurait entrepris de consulter les leaders de l’opposition, convaincu que le pays n’est pas le patrimoine privé de la majorité. Même chez nous, malgré tout ce qui a été dit sur lui, le régime Mobutu aurait d’abord songé à susciter un semblant d’union nationale. Toutes les structures et branches spécialisées du pouvoir se seraient emparées du thème pour réussir une gigantesque mobilisation à travers le pays, tandis que le Président de la République aurait « improvisé » un meeting populaire pour expliquer à la nation la gravité des enjeux. C’est malheureusement tout le contraire aujourd’hui et Joseph Kabila paraît bien seul sinon fragilisé dans l’immense silence de la classe politique congolaise. Comme si le régime ne mobilisait pas. Comme s’il ne voulait pas mobiliser. Comme s’il avait peur de communiquer, d’expliquer et de se justifier, sûr de la réponse que le pays profond risque de réserver à son appel. Ce n’est évidemment ni la première ni la dernière fois que le régime congolais se fourvoierait de manière aussi lamentable. On se souvient, par exemple, de la confusion et de la gêne qui avaient entouré les déclarations de Karel De Gucht lors de son dernier séjour à Kinshasa. Le Président de la République avait dû encore monter seul au créneau et il a fallu, ou presque, tirer du lit certains collaborateurs et leur mettre dans la tête que leur boulot était aussi de « préserver » le chef. Où sont passés alors les principaux lieutenants de Joseph Kabila Kabange, ceux qui tirent notoriété, avantages, puissance, gloire, pouvoir et argent du fait d’être à ses côtés ? Le Chef de l’Etat cherche-t-il à savoir à quoi tient cette indifférence des Congolais, comme si les malheurs du régime ne les concernaient pas, comme s’ils refusaient de mourir pour leur propre pays, comme si la fracture Est-Ouest était déjà assumée par certains parmi eux? Au-delà de Nkunda Il y a plus : Nkunda n’est pas seul et les épaules de Paul Kagamé sont bien peu solides pour soutenir, dans la durée, le coût d’une guerre, même contre un colosse aux pieds d’argile, en République Démocratique du Congo. La question qu’il faut alors se poser est celle de savoir si la RDC elle-même, par ses propres faiblesses, ne constitue pas la principale force du CNDP. On se souvient encore de ces nombreuses armes régulièrement abandonnées sur le champ de bataille, permettant du coup à Paul Kagamé d’ironiser sur la provenance des armes sophistiquées que détiendrait le leader du CNDP. La RDC a-t-elle tout mis en œuvre pour se défaire de ces encombrants éléments Fdlr qui donnent cette justification morale aux aventures rwandaises dans notre pays ? A-t-elle favorisé le retour des réfugiés pour couper l’herbe sous les pieds du CNDP ? Le Congo-Kinshasa n’est-il pas finalement, aux yeux de ses ennemis, trop grand et trop riche, mettait récemment en garde le Premier Ministre Antoine Gizenga dans son message à la nation à l’occasion de sa démission, au point de justifier un plan de balkanisation ? Enfin, les agents de ce plan sont-ils toujours à chercher chez nos ennemis ou devons-nous nous armer du courage nécessaire pour inspecter nos propres rangs ? Que Kagamé et Nkunda montent au créneau au même moment et se répandent dans les médias les plus porteurs n’est sans doute pas innocent. Que le premier affirme que le second est surarmé n’est pas destiné à amuser la galerie. Que le général dissident exige des négociations directes et transforme son organisation en mouvement de libération au moment où, dans certains cercles on fêtait déjà sa mort n’est pas le fait de la folie. Il faut, rapidement, identifier les raisons de l’arrogance de l’un et les soutiens de l’autre pour tenter de comprendre ce qui, dans la conjoncture actuelle, explique cette poussée de fièvre ainsi que le changement de stratégie que leurs déclarations respectives suggèrent. Face à cette guerre de l’opinion, la communication, côté congolais, a aligné tellement des maladresses et étalé tant de faiblesses depuis les négociations secrètes de Kigali que Kinshasa, pour avoir cherché à flouer sa propre opinion intérieure, a aujourd’hui bien difficile à se prévaloir de ses propres turpitudes. Il faut du reste reconnaître que le contexte est loin d’être favorable en ce moment avec un état d’esprit qui tend à flotter dans les Kivus, où des pans entiers de l’opinion avouent leur lassitude, déclarent leur colère et leur déception tout en posant des questions qui dérangent. L’ONU pour toujours Certes, le Rwanda n’est pas innocent dans tous ces événements qui se déchaînent. Certes, Kigali soutient Nkunda. Mais le protocole de Nairobi, avec son lot de contraintes qui pèsent lourdement sur la RDC, ce n’est le fait ni de l’un ni de l’autre. La task force à mettre en place, les consulats à ouvrir, les observateurs à déployer se situent au-delà de ce que l’un et l’autre sont en mesure de réclamer et d’obtenir. C’est dire combien est grande la responsabilité des pays hier membres du Comité international d’accompagnement de la transition, aujourd’hui principaux acteurs au sein de la facilitation internationale, mais aussi du Conseil de sécurité de l’ONU et de la mission onusienne en RDC tant ce ne sont pas les moyens qui leur font défaut pour réserver une sorte de solution finale au CNDP et relancer définitivement le processus démocratique. En d’autres termes, l’agenda, dans cette région troublée et endeuillée de l’Est de la RDC, n’est pas le même pour tout le monde face aux enjeux stratégiques, aux intérêts politiques et économiques dans une sous-région où il y a à la fois le Soudan et la Somalie et où, en passant au statut de ventre mou, elle semble se destiner à devenir une zone de repli pour terroristes. Il y a, enfin, un contexte international qui bouge et qui change. La Belgique, qui détient au plan international l’expertise sur les questions congolaises, se déchire chaque jour un peu plus entre Flamands et Wallons, au point qu’il n’est pas évident qu’elle parle dans les prochains jours d’une même voix sur la RDC. En France, Sarkozy n’est pas Chirac. Aussi les observateurs n’excluent-ils pas que pour donner des gages à ses principaux pourfendeurs, l’hôte de l’Elysée se sente à l’un ou l’autre moment dans l’obligation de renoncer à la Françafrique au nom de la politique de rupture. Dans le même ordre d’idées, le flottement actuel aux Etats-Unis, en raison de la campagne électorale présidentielle, n’est pas de nature à rassurer, dans la mesure où les autorités américaines paraissent quelque peu déconcentrées, s’abstenant du coup de prendre trop d’initiatives en politique étrangère, en attendant la prochaine administration. Il en est de même de ce qui vient de se passer en Afrique du sud, où le médiateur en titre dans le dossier congolais, Thabo Mbeki, a dû rendre le tablier sous la poussée de l’aile gauche de l’ANC. Autant dire que dans cette combinaison des éléments à la fois flottants et hostiles, le dossier RDC risque d’enregistrer, dans les jours à venir, de sérieux coups de barre. En attendant, l’effet paradoxal des derniers développements intervenus sur le terrain, c’est que, à la demande du représentant du secrétaire général de l’ONU, à la suite de l’activisme du CNDP, des menaces du Rwanda et de la montée de la tension dans l’Ituri, ce sont les effectifs de la Monuc qui risquent d’être augmentés par le Conseil de sécurité. Avec combien d’hommes et pour combien de temps. Difficile à dire. Mais une chose est sûre : une plus grande présence de la communauté internationale, en plus de constituer une sorte de pied de nez à ceux qui insultaient encore récemment la Monuc, ne fera que confirmer les défaillances du leadership national à traiter efficacement la crise des Kivu et le recul de la souveraineté de la RDC sur certains pans de son territoire.
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